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Otto Dix – Der Krieg

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by

laurent dartigues

on 13 November 2014

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Transcript of Otto Dix – Der Krieg

“ L’écriture spécifique d’habitude mise en oeuvre pour parler des combattants des tranchées, des femmes en deuil ou des enfants de la guerre, j’ai tenté de l’appliquer à ceux auxquels, d’une manière ou d’une autre, je tiens. Il se trouve que sur trois générations en demeure une trace écrite...

Même si elles s’y apparentent parfois, les pages que l’on va lire ne constituent pas un récit de famille : je m’en suis tenu à ce que la Grande Guerre a fait aux miens, à la manière dont elle a traversé leur existence, quitte à inscrire les effets au-delà même de leur propre vie...

À l’issue de trois décennies de travail sur la Première Guerre mondiale, et à l’approche du centenaire de son sanglant avènement, il m’a semblé que je pouvais prendre le risque de regarder
de plus près
le grand conflit... Car face au fait guerrier – j’entends ici le fait guerrier comme terrain d’investigation pour les sciences sociales –, notre oeil se place toujours trop loin ou, si l’on préfère, trop haut. L’opacité même de la guerre et la difficulté intrinsèque de mener l’enquête à son sujet, l’absence d’expérience concrète de la violence, la démilitarisation de nos sociétés, la démonétisation de l’activité guerrière elle-même : autant d’éléments qui contribuent à placer un tel objet à bonne distance, en le tenant souvent hors de portée de nos outils d’analyse. En partant de la guerre des miens – dont je sais pourtant assez peu, bien moins que sur tant d’autres qui, à l’origine du moins, m’étaient parfaitement étrangers –, j’ai voulu abandonner la posture trop habituelle de l’extériorité...

L’Histoire dans l’homme : c’est bien de cela qu’il s’agira. L’Histoire de la Grande Guerre dans les hommes et les femmes de ma lignée – il sera surtout question des hommes ici – et la trace longue de cette [prise de] possession [de l’homme par l’Histoire]. Mais au-delà des individualités évoquées dans les pages qui suivent, il me semble que le premier rôle restera à la Grande Guerre. En ce sens, ce livre demeure sans doute livre d’histoire. Mais il emprunte le chemin d’un récit de filiation. ”



Stéphane Audouin-Rouzeau, Introduction (extraits)



Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, Stéphane Audouin-Rouzeau est un des grands noms de l’histoire de la Première Guerre mondiale. Entre autres auteur de
Les Armes et la Chair. Trois objets de mort en 1914-1918
(2009), de
Combattre. Une anthropologie historique de la guerre moderne
(2008), d’une
Encyclopédie de la Grande Guerre
avec l’historien Jean-Jacques Becker (2004), de
14-18. Retrouver la guerre
avec l’historienne Annette Becker (2000), de
L’Enfant de l’ennemi, 1914-1918
(1995), de
La guerre des enfants, 1914-1918 : essai d’histoire culturelle
(1993), de
14-18 : Les combattants des tranchées
(1986), il codirige le Centre international de recherche de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne (Somme).

À l’approche de la commémoration du centenaire de la Grande Guerre,
Quelle histoire. Un récit de filiation (1914-2014)
prendra vraisemblablement place parmi les grands livres au sein de l’intense activité éditoriale attendue. Il est très peu question dans ce récit de ce que les hommes font à la guerre, mais de ce que la guerre fait aux humains. La Première Guerre mondiale à ce titre déborde largement les bornes «14-18». L’auteur suit sur un siècle l’immense tristesse qu’elle a déposée sur la lignée – qui pour le coup porte bien son nom – paternelle, de Robert, son grand-père, à Philippe, son père, et peut-être aussi lui-même, hanté pendant 30 ans par les violences de guerre. La Grande Guerre ayant broyé souterrainement ses aïeuls, Stéphane Audouin-Rouzeau, par crainte d’une sorte de contagion, devient historien pour tenter de s’en protéger. Rien de paradoxal à cela à mon sens. Stéphane reconnaît l’héritage transmis à leur corps défendant par Robert et Philippe. Simplement, il décide d’en faire quelque chose : il met des mots là où “ presque tous se sont tus ”. C’est par la langue qui le fait vivant que Stéphane donne ainsi vie aux soldats, son obsession. Il les parle et c’est une histoire intime. De même que son intérêt pour les enfants des années de la guerre est une histoire intime. Le raccourci qu’emploie Stéphane en parlant des «enfants de la guerre» me semble en effet indiquer qu’il se considère comme un enfant de la guerre.

Mais ce récit est peut-être avant tout un texte d’amour écrit à son père Philippe, si aimé, admiré et aussi haï. Stéphane n’a su comprendre son engagement surréaliste qu’il rend responsable de sa mort prématurée. Il n’était en fait que le rejeu de la Grande Guerre, creusant alors un abîme d’incompréhension entre le fils et le père tout au long des années 1970. Le livre est donc aussi une manière de retisser une histoire familiale que les silences et les souffrances avaient trouée. Il est aussi l’espoir de solder les comptes de cette catastrophe dont les corps témoignent encore bien au-delà de l’événement.
Otto Dix – Der Krieg (1929-32)
Otto Dix – Toter Sappenposten (1924)
(Sentinelle morte dans une sape)
C’est à partir du récit, ou plutôt d’une échappée, du grand-père de sa femme, Pierre Bazin, grièvement blessé en 1915, que Stéphane Audouin-Rouzeau comprit ce que cette gravure d’Otto Dix représentait. «Échappée», dans le sens où les vétérans de la Grande Guerre, note Audouin-Rouzeau, distillent leurs confidences le plus souvent sous le registre du convenu, de l’anecdote un peu dérisoire. Mais parfois, “
à brûle-pourpoint, sans préparation ni transition aucune
”, la parole libère des mots enfouis. En l’occurrence, la manière dont certains soldats se suicidaient dans les tranchées. C’est le pied nu qui signe l’acte. La longueur du fusil oblige en effet soit à actionner la détente avec un bout de bois, soit de se servir du gros orteil une fois le pied déchaussé.
“ Seul un long travail sur le premier conflit mondial, sur les traumatismes des combattants, sur la lenteur et les faux-semblants de la sortie de guerre, m’a permis de comprendre que Robert [le grand-père paternel] ne s’était sans doute jamais remis de la Grande Guerre. Après la terrible rencontre, tout semble indiquer que le jeune artilleur de 20 ans n’avait jamais pu reprendre pied.
Moins de temps me fut nécessaire pour constater que personne, dans son entourage – père, épouse, fils – ne comprit quelle faille s’était ouverte dans l’âme du très jeune homme, à l’issue de sa montée en ligne du mois d’août 1916, dans la terreur du bombardement et la souillure de la boue mêlée au sang des chevaux massacrés. Il est vrai que Robert – cet homme pour toujours malheureux – consacra sans doute une grande énergie à masquer son extrême faiblesse. Rien en lui n’était en mesure de l’admettre, et moins encore de la comprendre. ”

“ Mais au moins ai-je tenté de viser la Grande Guerre dans son oeil. Le tueur qui avait fracassé les relations des pères et des fils sur trois générations, je n’ai jamais abandonné sa poursuite. Robert était sorti indemne de la guerre, mais il l’avait perdue. Faute d’avoir compris la défaite de son père, Philippe [le père de Stéphane] perdit à son tour d’autres guerres. J’ai voulu comprendre leurs défaites, j’ai tenté de le faire par l’histoire. Ceci, bien sûr, à mon insu. Mais il se pourrait aussi que ce combat ait été sans objet : ceux qui ont traversé les années de guerre, auraient-ils existé, en quelque sorte, par eux-mêmes ? Se pourrait-il alors qu’il n’y ait pas tant d’histoire, et que le combat soit imaginaire ?
Quoi qu’il en soit, sans doute est-il temps de le considérer comme terminé.
La Grande Guerre : pour ma part, si près du centenaire de son sanglant avènement, le moment est peut-être venu de lui dire adieu. ”

Audouin-Rouzeau, p. 118 et p. 141
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