Mise en contexte socio-historique
Lors de la parution du livre de Mike Davis (2006), la population de la ville dépasse pour la première fois celle de la population rurale.
1950 : 86 villes de plus d’un million d’habitants
2006: 400 villes de plus d’un million d’habitants
2015 (prévision): 550 villes de plus d’un million d’habitants
Rythme de croissance démographique mondial des villes :
1M de naissances ou d’arrivées d’immigrants /jour
Le bassin de main d’œuvre a doublé depuis 1980.
On prévoit une décroissance de la population rurale à partir de 2020 et une population totale de 10 milliards pour 2050.
75% de cette croissance aura lieu dans des «agglomérations plus petites, de zones urbaines de faible visibilité, « pratiquement dépourvues de planification et de services adéquats »»
L’explosion des petites villes
Manifestations du phénomène
L’urbanisation in-situ et ses interprétations théoriques
« Des taux de croissance métropolitaine plus faibles ont coïncidé avec une circulation plus dense des capitaux, des personnes et des biens entre le centre-ville et son arrière-pays, avec des frontières toujours plus floues entre l’urbain et le rural, et une déconcentration de l’industrie vers la périphérie métropolitaine, notamment lointaine, dans les aires ou pénombres périurbaines qui entourent les mégalopoles. » - Adrian Aguilar et Peter Ward
Explications théoriques de l’urbanisation in-situ
Conséquences de l’urbanisation in-situ
Urbanisation et
désindustrialisation
« Tenaillés par la dette, les gouvernements nationaux furent soumis les uns après les autres aux Programmes d’ajustement structurel (PAS) et à la conditionnalité du Fonds monétaire international (FMI). Les programmes subventionnés d’amélioration de l’agriculture et des infrastructures rurales furent drastiquement réduits. Avec l’abandon de l’effort de “modernisation” paysanne dans les nations d’Amérique latine et d’Afrique, les fermiers furent soumis à la stratégie économique du “marche ou crève” des institutions financières internationales. La dérégulation des marchés nationaux poussa les producteurs vers des marchés mondiaux où les paysans moyennement riches et les paysans pauvres avaient du mal à se battre. Les PAS et les politiques de libéralisation économique représentaient la convergence des forces mondiales de désagrarianisation et des politiques nationales promouvant une dépaysanisation. »
Causes de l’urbanisation sans industrialisation
« politiques de
déréglementation agricole
et de « dépaysannisation »»
mécanisation, importations agroalimentaires
guerre civile
concentration des terres
concurrence du secteur agroindustriel.
Crise de la dette mondiale en 1970
Selon les sympathisants de la globalisation: déficit de gouvernance
Effritement des programmes sociaux visant la réduction
des inégalités sociales
On constate la présence d’inégalités entre les villes de tailles et de spécialisations différentes et à l’intérieur de chacune des villes.
Si cette tendance se maintient, on prévoit la disparition des villes au profit des bidonvilles dans ces pays du tiers-monde.
La situation est particulièrement précaire en Afrique subsaharienne : « L’Afrique subsaharienne ne réalisera pas l’éducation primaire universelle avant 2130, la réduction de 50 % de la pauvreté avant 2150 et l’éradication de la mortalité infantile évitable avant 2165. »
« les villes du futur sont au contraire pour l’essentiel faites de brique brute, de paille, de plastique recyclé, de parpaings, de tôle ondulée et de bois de récupération. »
Réseau de 300 villes de plus de 100 000 habitants autour de Lagos atteignant une population totale de 60M de personnes étalées sur 600 km.
Lagos, Nigeria
Delta Xijiang
Autres grandes structures posturbaines :
delta du Xijiang
delta du Yangzi Jiang
couloir Pékin-Tianjin
couloir Tokyo-Osake
couloir New-York-Philadelphie
95% de la croissance de la population mondiale projetée aura lieu dans les zones
en voie de développement selon Davis.
Mégapole: 8M d'habitants
Hyperville: 20M d’habitants
(20M = population urbaine mondiale
lors de la Révolution française)
Exemples d'hypervilles :
Tokyo, Séoul, New York.
On pourrait compter 10-11 hypervilles
en Asie avant 2025 (Jakarta, Dacca, Karachi)
Afrique : Développement des villes aux alentours de Lagos (13.5M).
Inde : On assiste plutôt à une perte de poids économique de la part des petites villes à la suite d’une transition néolibérale. Les villes moyennes ont toutefois « poussé comme des champignons ». On dénombre plus de 35 villes indiennes dépassant le cap du 1M d’habitants.
Amérique latine : Développement des
villes secondaires telles que Santa Cruz, Tijuana et Valencia.
Origine du mot - Casablanca, Maroc
Caractéristiques du bidonville selon l'ONU: « surpopulation, habitat précaire ou informel, accès réduit à l’eau courante et aux services d’hygiène et définition floue des droits de propriété. »
Infrastructures inadéquates – aucun accès à l’hygiène et aux services publics.
"Contamination de l’eau par déchets d’origine animale et humaine mettent fin à la vie d’au moins deux millions d’enfants par an."
57% des Africains – pas accès aux services d’hygiène de base
Mexico est progressivement en train d’absorber les régions avoisinantes pour créer une mégapole de 50 M d’habitants abritant 40% de la population nationale.
1) Dense réseau d’interactions :
«mode important d’implantation et de développement humains […] sous une forme ni rurale ni urbaine, mais un mélange des deux, dans lequel un dense réseau d’interactions lie de grands noyaux urbains à leurs
régions environnantes».
– Gregory Guldin
Le lien entre croissance industrielle et migration urbaine qui vont normalement main en main caractérise principalement la Corée, la Chine ou Taiwan.
La plupart des pays en voie de développement
sont confrontés à une tendance à la
désindustrialisation allant de pair
avec l’urbanisation.
Le développement de la main d’œuvre sera concentré dans ces zones péri-urbaines selon Aguilar et Ward.
Ces communautés sont divisées entre habitants extérieurs et intérieurs, ce qui rend plus difficile les échanges
entre ces différentes
communautés.
Définition : « fusion du développement urbain et régional au sein de laquelle la distinction entre ce qui est urbain et ce qui est rural s’estompe à mesure que les villes s’étendent le long des axes de communication, contournant ou encerclant de petites villes et des villages qui subissent de ce fait des transformations in situ de leur fonction et de leur occupation » - David Drakakis-Smith
2) Structure diffuse et désordonnée :
«Par-delà les singularités culturelles, on observe au contraire [dans ces Zwischenstädte] bien des traits communs et universellement répandus : une structure apparemment diffuse et désordonnée de domaines urbains très différenciés, d’où émergent des îlots singuliers, au tracé géométrique ; une structure sans aucune centralité, mais qui offre, en revanche, une multitude de zones, de réseaux, de nœuds, dont la fonction est plus ou moins fortement spécialisée . » - Thomas Sieverts
Exemple : Pêcheurs de Penang en Malaisie qui se sont vu expropriés suite à la construction d’une autoroute qui ont vu leurs sites de pêche pollués par les déchets urbains.
On prévoit l’émergence d’un corridor urbain allant de la zone Japon-Corée du Nord jusqu’à l’ouest de Java.
Nairobi – toilettes volantes...
Bombay – 1 cuvette/500 habitants…
2/5 habitants des bidonvilles d’Afrique « en danger de mort » selon l’ONU.
Construction sur terrains à risque qui mène aux scénarios suivants: inondations chroniques, explosions de pipeline, explosion de dépôt de munitions, coulées de boue, explosions de violence étatique.
Enjeux des luttes des travailleurs : « occupation de terres en quête de logements bon marché, émeutes contre la hausse des prix de la nourriture ou des services. »
Purification ethnique parfois évoquée, racisme etc.
Quel est le point de combustion de ces nouvelles sociétés?
Sphères des activités privées se font en public (locaux mal éclairés).
Constructions en bois, acier, ou en béton selon le pays.
Forte coopération
Enfants participent fréquemment à l'activité économique si ils ne vont pas à l'école.
On constate l’émergence de nouveaux réseaux, couloirs et hiérarchies urbains tels que la
« Région métropolitaine étendue de Rio-Sao Paulo » qui s’étend sur les 500 km reliant les deux plus grandes métropoles du Brésil (compte 37M d’habitants).
Sociologie des bidonvilles
Brigades de vigilance assurent la sécurité et écoles communautaires prennent en charge l'éducation.
Associations et comités organisés de manière horizontale règlent les problèmes sociaux.
Assassinat et pendaison pour gérer les conflits violents, en absence de tout système judiciaire.
Urbanisation in situ (sur place) de la campagne. La ville migre vers les villages autrement dit et les engloutit en quelque sorte.
Dans certains cas, des services de santé, d'assainissement, d'éducation et de loisirs sont offerts.
Comités gèrent ces services.
Réseaux religieux, associatifs, familiaux et le clientélisme (échanges avec l'État) assurent l'organisation des sociétés.
Gregory Guludin (anthropologue) : « l’urbanisation doit se penser comme une transformation structurelle opérant tout au long d’un continuum urbanité/ruralité et comme une intensification des interactions entre chaque point de ce même continuum. »
Lima, Pérou
L'analyse des inégalités utilisant le modèle
campagne/villes est remplacée par le duo
grandes villes/petites villes.
Conséquences : Le marché du logement permet uniquement de satisfaire 20% de la demande liée à l’urbanisation.
L’urbanisation se fait en majorité dans les bidonvilles au sein des sociétés en voie de développement :
90% de la croissance urbaine en Ase du sud et à Dehli (Inde) a lieu dans les bidonvilles.
Croissance du nombre de villes en Chine de 193 à 640 de 1978 à 2006.
Afrique du sud - Gauteng
Cette augmentation est la conséquence d’une planification urbaine axée sur les agglomérations de petite taille afin d’équilibrer le développement.
L’urbanisation en Asie sera concentrée
dans les petites villes où « rien ou presque n’est prévu pour loger ces gens et leur fournir des services ».
Mathare, Kenya
Contrairement aux modèles économiques orthodoxes, on constate que la baisse des revenus n’est pas un facteur ralentissant l’urbanisation.
Le moteur de la sururbanisation est la pauvreté et non la création d’emplois.
Port-au-Prince, Haïti
Sao Paulo, Brésil
Godavari, Inde
Rio, Brésil
Phnom Penh, Cambodge
Libertador, Venezuela