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Le problème du jugement de goût

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Florent Basch

on 14 December 2015

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Transcript of Le problème du jugement de goût

Une question d'initiation ?
Certaines oeuvres semblent faire l'unanimité, comme si un idéal objectif du beau avait été atteint...
Les critères de beauté évoluent
Le beau est relatif, le bien universel
La beauté n'est pas une qualité inhérente aux choses
Solution intermédiaire : le bon goût existe mais ne se prouve pas
Le problème du jugement de goût
Le problème
Les jugements de goût que nous émettons pour déterminer ce qui est beau ou laid peuvent-ils prétendre à l'universalité à la manière de nos jugements de connaissance ? Ou bien doit-on admettre, comme le dit le proverbe, "de gustibus et coloribus non disputandum" ?
Position dogmatique
Position relativiste
Demandez à un crapaud ce que c’est que la beauté, le grand beau, le to kalon. Il vous répondra que c’est sa crapaude avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête, une gueule large et plate, un ventre jaune, un dos brun. Interrogez un nègre de Guinée; le beau est pour lui une peau noire, huileuse, des yeux enfoncés, un nez épaté. Interrogez le diable; il vous dira que le beau est une paire de cornes, quatre griffes, et une queue. Consultez enfin les philosophes, ils vous répondront par du galimatias; il leur faut quelque chose de conforme à l’archétype du beau en essence, au to kalon.
J’assistais un jour à une tragédie auprès d’un philosophé. « Que cela est beau! disait-il. . – Que trouvez-vous là de beau? lui dis-je. – C’est, dit-il, que l’auteur a atteint son but. » Le lendemain il prit une médecine qui lui fit du bien. « Elle a atteint son but, lui dis-je; voilà une belle médecine! » Il comprit qu’on ne peut pas dire qu’une médecine est belle, et crue pour donner à quelque chose le nom, de beauté, il faut qu’elle vous cause de l’admiration et du plaisir. Il convint que cette tragédie lui avait inspiré ces deux sentiments, et que c’était là le to kalon, le beau. Nous fîmes un voyage en Angleterre: on y joua la même pièce, parfaitement traduite; elle fit bâiller tous les spectateurs. « Oh, oh! dit-il, le to kalon n’est pas le même pour les Anglais et pour les Français. Il conclut, après bien des réflexions, que le beau est souvent très relatif, comme ce qui est décent au Japon est indécent à Rome, et ce qui est de mode à Paris ne l’est pas à Pékin; et il s’épargna la peine de composer un long traité sur le beau. Il y a des actions que le monde entier trouve belles. Deux officiers de César, ennemis mortels l’un de l’autre, se portent un défi, non à qui répandra le sang l’un de l’autre derrière un buisson en tierce et en quarte comme chez nous, mais à qui défendra le mieux le camp des Romains, que les Barbares vont attaquer. L’un des deux, après avoir repoussé les ennemis, est près de succomber; l’autre vole à son secours, lui sauve la vie, et achève la victoire.
Un ami se dévoue à la mort pour son ami, un fils pour son père: l’Algonquin, le Français, le Chinois, diront tous que cela est fort beau, que ces actions leur font plaisir, qu’ils les admirent.

Voltaire, Dictionnaire philosophique (1764), article Beau.

Parmi un millier d'opinions différentes que des hommes divers entretiennent sur le même sujet, il y a une, et une seulement, qui est juste et vraie ; et la seule difficulté est de la déterminer et de la rendre certaine. Au contraire, un million de sentiments différents, excités par le même objet, sont justes, parce qu'aucun sentiment ne représente ce qui est réellement dans l'objet. Il marque seulement une certaine conformité ou une relation entre l'objet et les organes ou facultés de l'esprit, et si cette conformité n'existait pas réellement, le sentiment n'aurait jamais pu, selon toute possibilité, exister. La beauté n'est pas une qualité inhérente aux choses elles-mêmes, elle existe seulement dans l'esprit qui la contemple, et chaque esprit perçoit une beauté différente. Une personne peut même percevoir de la difformité là ou une autre perçoit de la beauté. Et tout individu devrait être d'accord avec son propre sentiment, sans prétendre régler ceux des autres. Se mettre en quête de la beauté réelle ou de la laideur réelle est aussi vain que de prétendre déterminer avec certitude ce que sont réellement la douceur ou l'amertume. Selon la disposition des organes, le même objet peut-être à la fois doux et amer : aussi le proverbe a-t-il été justement établi la vanité de toutes les querelles de goût.

David Hume
Est-ce que les querelles concernant le meilleur vin...
VS
La saveur des huîtres et des cuisses de grenouilles...
Délicieux ou dégueu ?
Ou la plus belle couleur...
Sont vraiment du même ordre que les querelles concernant la décadence de l'architecture...
VS
Cathédrale de Reims
Tour Montparnasse
Est-ce que ça se vaut ?
L'affirmation d'une supériorité de certains films par rapport à d'autres...
VS
Une comédie vaseuse
Le meilleur film de l'univers
Ou le combat qui fait rage entre les partisans de l'harmonie classique et les partisans de la dissonance moderne ?
Boulez, Le marteau sans maître
Schubert, Mélodie Hongroise
VS
Le canon de la beauté
Est-ce qu'il existe des règles de proportions et d'harmonie inaltérables à travers les siècles et les cultures ?
David, Michel-Ange
Raphaël, La madone sixtine
"Pour l'oreille qui n'est pas musicienne, la musique la plus belle n'a aucun sens." - Karl Marx
Vénus sortant des eaux, Titien
VS
Mannequin quelconque d'aujourd'hui
Je n’ai pas dit : “je vais vous prouver cela” ; mais : “daignez vérifier dans votre âme si par hasard la beauté ne serait pas cela”. [...] Je ne puis prouver à quelqu’un il a la crampe. Dans cette affaire une simple dénégation détruit tout. Je n’opère pas sur des objets palpables, mais sur des sentiments cachés au fond des coeurs.

***

Comment des âmes vulgaires n’admireraient-elles pas ce qui est vulgaire ?
Stendhal
D'après Kant, on ne peut résoudre ce problème qu'en distinguant l'agréable et le beau.
Pour ce qui est de l'agréable chacun se résigne à ce que son jugement, fondé sur un sentiment individuel, par lequel il affirme qu'un objet lui plaît, soit restreint à sa seule personne. Il admet donc quand il dit : le vin des Canaries est agréable, qu'un autre corrige l'expression et lui rappelle qu'il doit dire : il m'est agréable ; il en est ainsi non seulement pour le goût de la langue, du palais et du gosier, mais aussi pour ce qui plaît aux yeux et aux oreilles de chacun. L'un trouve la couleur violette douce et aimable, un autre la trouve morte et terne ; l'un préfère le son des instruments à vent, l'autre celui des instruments à cordes. Discuter à ce propos pour accuser d'erreur le jugement d'autrui, qui diffère du nôtre, comme s'il s'opposait à lui logiquement, ce serait folie ; au point de vue de l'agréable, il faut admettre le principe : à chacun son goût (il s'agit du goût des sens).Il en va tout autrement du beau. Car il serait tout au contraire ridicule qu'un homme qui se piquerait de quelque goût, pensât justifier ses prétentions en disant : cet objet (l'édifice que nous voyons, le vêtement qu'un tel porte, le concert que nous entendons, le poème que l'on soumet à notre jugement) est beau pour moi. Car il ne suffit pas qu'une chose lui plaise pour qu'il ait le droit de l'appeler belle ; beaucoup de choses peuvent avoir pour lui du charme et de l'agrément, personne ne s'en soucie mais quand il donne une chose pour belle, il prétend trouver la même satisfaction en autrui ; il ne juge pas seulement pour lui mais pour tous et parle alors de la beauté comme si elle était une propriété d’objets ; il dit donc : la chose est belle, et s'il compte sur l'accord des autres avec son jugement de satisfaction, ce n'est pas qu'il ait constaté diverses reprises cet accord mais c'est qu'il l'exige. Il blâme s'ils jugent autrement, il leur dénie le goût tout en demandant qu'ils en aient ; et ainsi on ne peut pas dire : chacun son goût. Cela reviendrait à dire : il n'y a pas de goût, c'est-à-dire pas de jugement esthétique qui puisse légitimement prétendre à l'assentiment universel.

Ainsi, la disposition esthétique est une dimension d’un rapport distant et assuré au monde et aux autres qui suppose l’assurance et la distance objectives ; une manifestation du système de dispositions que produisent les conditionnements sociaux associés à une classe particulière de conditions d’existence lorsqu’il prennent la forme paradoxale de la plus grande liberté concevable, à un moment donné du temps, à l’égard des contraintes de la nécessité économique. Mais elle est aussi une expression distinctive d’une position privilégiée dans l’espace social dont la valeur distinctive se détermine objectivement dans la relation à des expressions de goût, elle unit et sépare : étant le produit des conditionnements associés à une classe particulière de conditions d’existence, elle unit tous ceux qui sont le produit de conditions semblables mais en les distinguant de tous les autres et sur ce qu’ils ont de plus essentiel, puisque le goût est le principe de tout ce que l’on a, personnes et choses, et de tout ce que l’on est pour les autres, de ce par quoi on se classe et par quoi on est classé.

Les goûts (c’est-à-dire les préférences manifestées) sont l’affirmation pratique d’une différence inévitable. Ce n’est pas par hasard que, lorsqu’ils ont à se justifier, ils s’affirment de manière toute négative, par le refus opposé à d’autres goûts : en matière de goût, plus que partout, toute détermination est négation ; et les goûts sont sans doute avant tout des dégoûts, faits d’horreur ou d’intolérance viscérale (“c’est à vomir”) pour les autres goûts, les goûts des autres. Des goûts et des couleurs on ne discute pas : non parce que tous les goûts sont dans la nature, mais parce que chaque goût se sent fondé en nature - et il l’est quasiment, étant habitus -, ce qui revient à rejeter les autres dans le scandale du contre-nature. L’intolérance esthétique à des violences terribles. L’aversion pour les styles de vie différents est sans doute une des plus fortes barrières entre les classes : l’homogamie est là pour en témoigner. Et le plus intolérable, pour ceux qui s’estime détenteurs du goût légitime, c’est par-dessus tout la réunion sacrilège des goûts que le goût commande de séparer. C’est dire que les jeux d’artistes et d’esthètes et leurs luttes pour le monopole de la légitimité artistique sont moins innocents qu’il ne paraît : il n’est pas de lutte à propos de l’art qui n’ait aussi pour enjeu l’imposition d’un art de vivre, c’est-à-dire la transmutation d’une manière arbitraire de vivre en manière légitime d’exister qui jette dans l’arbitraire toute autre manière de vivre.

Bourdieu, La distinction

Le goût est la manifestation de notre position dans l'espace social et reflète la recherche de la domination légitime à l'oeuvre dans la société
"Qu'est-ce que je dois raconter comme conneries pour plaire aux intellos gauchos..."
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