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Irlande 2015

Un Prezi-carnet de voyage composé de photographies et de notes personnelles (sensations, notations, opinions, personnelles mais aussi à valeur informative, voire argumentative).
by

Michel Balmont

on 14 September 2015

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Transcript of Irlande 2015

22 juillet
23 juillet
25 juillet
24 juillet
21 juillet
20 juillet
26 juillet
27 juillet
28 juillet
29 juillet
30 juillet
31 juillet
1er août
2 août
3 août
4 août
5 août
6 août
7 août
8 août
9 août
10 août
11 août
Bon, ce sera couleurs et 50mm.
Et matière.
Couleur et matière ensemble, l’une par l’autre.
Ne pas documenter. Pas directement.
Les détails. Tout est dans les détails. Pas seulement le diable. Mais quand même.
Ne pas photographier les Irlandais. Ne pas embêter les gens chez eux.
Pas de paysages
Ne pas montrer ce qui est dit.
It’s not really a code. It’s more like guidelines.
Irlande
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Dans
Ciel rouge au Matin,
Paul Lynch raconte l’histoire de Coll Coyle, métayer irlandais qui, en 1832, tue accidentellement le propriétaire qui voulait le chasser de sa ferme. Il est pourchassé par John Faller, l’intendant du domaine, assassin froid et rationnel accompagné de deux hommes de main. Coyle s’est réfugié un temps chez un vieil homme nommé Ranty. Il en est parti quand ses poursuivants y arrivent.
NB: Ce qu’affirme Faller est une contre-vérité historique. Au haut Moyen Age, avant l’arrivée des Vikings, l’Irlande était un pays de grande civilisation : l’on y venait de toute l'Europe pour étudier dans ses monastères, et elle en fondait sur tout le continent. Il y existait des routes bien entretenues et, si les villes nommées furent effectivement fondées par les Danois (à l’exception de Cork toutefois), les sites où elles se dressent étaient depuis longtemps occupés par les Irlandais.
Full Irish Breakfast dans un café de Wexford (sans boudin).
Un couple de jeunes Russes discute derrière nous.
Je surprends le mot
Tsiganes
.
Elle part en laissant la moitié de son gâteau et son chocolat couronné de crème fouettée.
Garés en face ; un policier sort son carnet
– Monsieur, avons-nous fait quelque chose de mal en nous garant ici ?
– French ? Welcome to Ireland.
Cahir Castle. 
Promenade au bord de l’eau et sous les arbres.
Puis au Swiss Cottage construit par un des derniers descendants de la famille Cahir.
« Chaumière pour schtroumpfs » (Roseline).
Mais Art Nouveau en 1810. Pré-William Morris.
Château de Bunratty
Visité en 1986 pour fêter un anniversaire de Roseline.
Banquet médiéval, mangé des côtelettes avec les doigts.
Un homme du groupe avait été « jeté dans une geôle ». Il se débattait, hurlait qu’il était innocent et le maître de cérémonie, qui connaissait Saint-Étienne car sa fille y avait été au pair, avait dit qu’il était très bon, que c’était le meilleur de la semaine.
Mais cette fois nous avons mangé au Durty Nelly’s, le pub en face.
En souvenir de Nelly.
Une vieille dame à la tête étrange m’indique des sachets de mandarines au SuperValu d’Ennistymon.
Elle a cru que je jetais un coup d’œil à celui qu’elle venait d’acheter.
En fait je regardais son sac, posé dans son caddy, pour parvenir à décider si c’était un homme ou une femme.
Finalement elle change d’avis à propos des mandarines, repose son sachet, prend une barquette à la place et me la montre en m’indiquant que c’est le meilleur choix.
Je repose le sachet que j’avais pris pour lui faire plaisir, prend une barquette pour lui faire plaisir.
Elle s’éloigne.
Je m’aperçois que l’une des mandarines de la barquette est très pourrie. Très.
Je la repose.
De toute façon ce n’est pas la saison des mandarines.
Longue promenade sur la plage.
Un ruban de méduses mortes borde la mer comme un ourlet.
Globes caoutchouteux transparents, les unes comme des perles brunes autour, les autres des quartiers violets.
Nous marchons jusqu’à l’estuaire de la petite rivière.
Revenons pieds nus pour la sensation du sable.
Mais bientôt le choix se transforme en nécessité car nous sommes pris par la marée et devons passer par la mer pour rejoindre l’escalier et remonter sur la promenade.
Roseline est un peu devant, elle a déjà les pieds dans l’eau ; je m’aperçois du problème en même temps qu’une femme habillée en noir.
Celle-ci a choisi de remettre ses tennis pour passer par les rochers qui maintiennent le terrain de golf (belle tour médiévale).
Nous nous sourirons de nouveau quand nous nous croiserons sur l’escalier.
Beau rayon de whiskeys au Flanagan’s.
Un « Français » cherche à lier conversation avec nous.
Il a un accent bizarre et parle du vin encore plus bizarrement.
Pas de Powers John’s Lane malgré l’ardoise qui l’annonce (la serveuse va chercher le patron et à eux deux ils fouillent trois fois les étagères).
Je me rabats sur un Teeling.
Mon premier whiskey de grain.
Mauvaise lumière sur les Cliffs of Moher.
Doolin Point.
D’où  vient cette magnifique monstruosité géologique ?
Grandes dalles plates, coupées de sortes de canyons, parfois droits comme si tracés à la règle.
De plus en plus déchiquetées à l’approche de la mer.
Très belle laine au coin de la rue.
Roseline en achète de quoi faire une écharpe, en faisant très attention au numéro du bain (batch).
Elle reviendra certainement.
Elle a aussi de petites bouteilles de Bunratty Potcheen. Je reviendrai.
Sur la chaine en langue gaélique une série western, de la fin des années 50.
Rawhide,
avec le jeune Clint Eastwood.
Gil Favor mène un troupeau à travers le Texas et l’Arizona.
À chaque étape, un « incident » : c’est le titre de l’épisode (« L’Incident de… »).
Le pub d’Ennis est sympathique.
Le patron nous offre les deux orange squashes que Roseline à commandés.
Comme « bienvenue en Irlande ».
Et il explique que de nombreux pubs l’offrent, parce que de toute façon ça sert essentiellement à faire de la vodka orange.
En réalité je voulais une pinte de Guinness. Je reviens la commander plus tard.
Le sol est fait de ces grandes dalles grises irrégulières.
Les mêmes qu’aux Cliffs of Moher, dressées pour délimiter le chemin.
Nous en avons vu une carrière non loin de Lehinch.
Au Caherconnel Ring Fort, impression de déranger des fouilles archéologiques.
Au Dolmen de Poulnabrone
nous tombons sur Anaïs et sa famille.
Ils sont à Limerick et nous avions plus ou moins prévu de nous retrouver pour un pub.
L’idée m’avait traversé l’esprit que nous serions ensemble à cet endroit.
J’avais oublié cette idée idiote.
Et nous voilà sur le parking.
Explication du mystère géologique de Doolin Point.
Il s’agit d’un relief karstique.
Formé par sédimentation au fond d’une mer évaporée depuis.
Arasé par des glaciers qui y ont posé, comme une signature, de gros rochers nommés « erratiques ».
Plissé et fracturé par des mouvements de la croute terrestre.
Érodé par l’eau de ruissellement qui y a tracé ce que j’ai appelé des canyons.
Qui se nomment d’ailleurs « grikes » (et les plaques « clints »).
Et ce n’est pas Doolin Point. C’est tout le Burren. Et les îles.
Retour par la route côtière.
Black Head au pied du sommet du Burren.
Les Îles d’Aran dans le soleil.
Les Twelve Bens dans le bleu de l’autre côté de Galway Bay.
Rouler dans la beauté.
Comme le Connemara, mais du minéral à la place de la tourbe.
Il faudra nous arrêter à Ennistymon pour visiter un peu,
Acheter du soda bread à la bakery jaune,
Nous promener du côté des cascades que nous devinons du haut du pont.
Ici je deviens comme mon père, je parle aux gens que je croise.
Freagh.
Un homme en T-shirt vert (anglais, me dit Roseline) veut s’approcher de la mer, mais il lui faut traverser un pré où broute du bétail.
Je vois qu’il a peur, je lui dis que ça ne risque rien, ce sont des vaches.
– Pas des taureaux ?, demande-t-il en se posant les doigts en cormes sur la tête (comme si les vaches n’en avaient pas).
Il n’a pas l’air convaincu.
Roseline lui dit que mon père « was a farmer. 
– So he must know. »
Il y va. Sa femme refuse de le suivre.
« I don’t quite rely on you (you, c’est moi).
– You may be right. »
Elle rit et, finalement, traverse le pré elle aussi, quand elle voit que seul un cheval s’est avancé vers son homme et qu’il se laisse caresser.
Loop Head
Nous montons dans le phare.
Trois femmes d’un certain âge, blondes, des bénévoles sans doute, vérifient les tickets, écrivent dessus la lettre qui correspond au groupe de visite, déchirent les tickets, guident dans les escaliers en expliquant vaguement (en fait c’est moi qui écoute vaguement).

Derrière le phare, au bout de la falaise, les dauphins sous la pluie.
Bottleneck Dolphins, assez sombres, mais élégants dans leur mouvement de coulisse quand ils sortent de l’eau en courbe.
On les entend caqueter.
Kilrush
Une rue de trente mètres de large descend vers le port. Montrer sa richesse.
Un pub classique, Crotty’s.
Les All-Blacks ont battu les Springbocks, mais ce fut juste.
Hag’s Head.
Promenade jusqu’à la tour de Moher.
On la voyait mercredi aux falaises, tout au bout en regardant vers le sud.
La pluie commence quand nous sortons de la voiture.
Fine, légère, mais insistante.
Et parfois, bien que toujours insistante, nettement moins fine et légère.
Elle cesse quand nous sommes revenus à la voiture.
Oublis :
- le pied photo
- une écharpe
- la rallonge du cable d’alimentation de mon ordinateur
- un dictionnaire anglais
Mais où est-ce que j’avais la tête ?
« Aucun doute que la crise grecque a donné à penser à des esprits normalement peu attirés par les questions financières. Mais, parce que cela peut tout à fait nous affecter et parce que nous avons nous aussi goûté à la troïka de clous au bout du fouet bruxellois, nous sentons une affinité avec les Grecs et leurs difficultés.
Je dois avouer que je suis très sceptique quant à la bonne foi des puissances à l’œuvre au sein de l’Union Européenne. Elles se comportent comme un gang de prêteurs d’argent qui frappent d’une main lourde [pour récupérer leur argent].
La même chose, ou quelque chose de très proche, nous est arrivé ici en Irlande. » (Dan Conway’s Corner,
Ireland’s Own,
31 juillet 2015)
« Le peuple irlandais a payé 42 % du coût total de la crise bancaire européenne » dit l’économiste Michael Taft.
« Pourtant, même si beaucoup d’Irlandais ont le sentiment de payer pour de riches banquiers restés impunis, l’Irlande ne connaît pas d’agitation sociale, comme en Grèce ou en Espagne. » (Gaétan Hermant)
Près de cent mille jeunes quittent le pays chaque année.
La carrière que nous avions vue se trouve à Liscannor et, justement, ce type de pierre se nomme Liscannor stone.
Vent. Arrêt à un point de vue sur la mer à la sortie de Lehinch.
Je sors de la voiture pour prendre des photos.
Ma casquette vole immédiatement à 10 mètres.
Y retourner tous les jours.
Corkscrew Hill : la route, construite pendant la Grand Famine, tirebouchonne.
Occuper les gens. Il ne semble pas qu’elle doive être si longue et virevoltante.
Les pubs irlandais ressemblent à des églises. La porte est ouverte mais pour entrer vraiment il faut en passer une seconde, qui s’ouvre souvent sur le côté.
Comme la France de chapelles romanes, entre le IXe et le XIIe siècles l’Irlande s’est couverte de tours rondes, de vingt à plus de trente mètres de haut, très souvent reliées à des sites monastiques. La porte est située à plusieurs mètres du sol, le toit conique fait de pierres, les fondations sont peu profondes (moins d’un mètre, soixante centimètres à Kilmacduagh et Monasterboice) – le diamètre court (moins de six mètres) et les murs très épais assurant la solidité de l’ensemble.
Bizarrement on ignore la fonction de constructions aussi spécifiques. C’est d’autant plus étonnant que de nombreuses tours subsistent alors que l’église à l’ouest de laquelle elles étaient construites a disparu (les archéologues se servent même des tours pour localiser les fondations des églises). Logiquement ce devrait être l’inverse. Cela montre que le soin pris à construire les tours a été bien plus grand que celui mis à bâtir les chapelles. Ces édifices étaient donc revêtus d’une importance particulière. Comment se fait-il que nous ne sachions pas à quoi ils servaient ?
Ce n’est pas que les hypothèses manquent, c’est qu’aucune n’est totalement convaincante.
L’orientaliste Henry O’Brien y voit en 1832 le témoignage d’un culte phallique d’origine bouddhique antérieur à saint Patrick ; mais elles ont été érigées bien plus tard. En 1724 Thomas Molyneux a affirmé qu’elles avaient été bâties par les Danois, mais ne dit rien quant à leur fonction. Bien sûr il aurait pu s’inspirer de l’usage de tours semblables construites en Scandinavie ; sauf qu’aucun édifice semblable n’a été construit en Scandinavie. D’autres peuples étrangers sont supposés avoir érigé les tours pour les Irlandais : les Zoroastriens (?!), les Phéniciens, les rois africains de la mer, les extraterrestres bien sûr (elles ressemblent à des fusées, non ?)… L’idée commune aux précédentes dingueries est que les Irlandais seraient trop primitifs pour avoir été capables de bâtir eux-mêmes ces tours. Il aurait fallu les « tutorer » (souvenez-vous du texte de Paul Lynch).
Il aurait pu s’agir d’un refuge contre les attaques normandes, en même temps tour de guet et lieu de repli ; et elles ont sans doute été utilisées comme telles. Bien sûr la hauteur de la porte va dans le sens de cette utilisation : on pouvait l’atteindre par une échelle, retirée ensuite (bon, la hauteur sous plafond ne permet pas de la stocker…). De plus il suffisait de tirer quelques flèches enflammées sur la porte pour que la forme de cheminée de l’édifice assure l’asphyxie des habitants. D’ailleurs celle de Dysert O’Dea montre des traces visibles d’incendie. En ce qui concerne le guet, nombre de tours sont situées à des endroits qui ne permettaient pas une surveillance efficace de la contrée alentour.
On a également émis l’hypothèse que les moines utilisaient ces bâtiments pour cacher des objets précieux, rituels ou profanes. Ils auraient donc choisi comme cachette le seul truc que le plus myope des Vikings pouvait trouver dans le pire des brouillards. Oui, bien sûr, j’ai lu la « Lettre volée » d’Edgar Poe, mais quand même…
Un cadran solaire géant ? Pourquoi pas ? « Tu as vu, frère Colomban, l’ombre de la tour a atteint la tombe de frère Killian, c’est l’heure du repas. » L’inclinaison de la tour de Kilmacduagh pourrait même aller dans ce sens (1,7 m. sur 34). Mais bon, trente mètres de haut ! Ce serait le gnomon le moins économique du monde. Des ossuaires ? Mais les seuls os qu’on y a trouvés étaient peu nombreux et ceux des hommes qui y étaient morts (brûlés par ceux qui avaient mis le feu à la porte). Les nœuds d’une sorte de grille géomantique ? La représentation de la position des étoiles dans le ciel du solstice d’hiver ? Certes, certes.
Le mot qui désigne ces tours en gaélique (cloigtheach) signifie « la maison de la cloche » ; ce pourrait donc être des sortes de beffrois. Et effectivement une petite cloche sonnée en haut peut être entendue à un ou deux kilomètres.
Dans le même ordre d’idée les tours pourraient être des lanternes des morts, « édifices maçonnés, nous dit Wikipédia, de forme variable, souvent élancés, en forme de tour, généralement creux et surmontés d’un pavillon ajouré (au moins trois ouvertures), dans lequel, au crépuscule, on hissait, souvent avec un système de poulies, une lampe allumée, supposée servir de guide aux défunts » (Sarlat, Saint-Pierre-d’Oléron, Bayeux, Aurillac, Angoulême, etc.). Indiquer aux morts le chemin de l’autre monde, pour les aider à le rejoindre, mais aussi pour s’assurer qu’ils ne restent pas dans le nôtre.
Reste qu’en dehors de toute considération sur leur fonction et leur structure architecturale, la puissance poétique de ces tours est intacte.
Fumerie de saumon à Lisdoonvarna
Méthode scandinave à chaud.
Épaisseur, goût, moelleux.
L’île de Doolin se nomme Crab Island.
Aucune information sur la cabane de pierre qu’on y aperçoit.
Refuge d’ermite ?
Très joli petit musée à Corofin.
La vie irlandaise au XIXe siècle.
Muséographie du XIXe aussi.
Vitrines en bois verni.
Inisheer
Je crois que nous avons pris la carriole la plus lente tirée par le cheval le plus vieux.
Nous avons même eu le droit de descendre et de marcher derrière quand ça montait trop.
Mais le cheval s’appelait Captain et le chien qui nous précédait Sailor.
Les meilleurs fudges que j’ai jamais mangés.
Ce sont des caramels très mous (avec quand même de la tenue) et assez gros, parallélipipédiques.
Inutile de penser à planter les dents dans ceux-ci, ils auraient fondu sur la langue avant même qu’on ait le temps d’essayer.
Burren Perfumery
Un numéro du magazine
Irish Arts
Deux pages consacrées à l’historiographie de la Grande Famine du milieu du XIXe siècle.
Il est temps de cesser de dire qu’elle était due à la monoculture de la pomme de terre. Pendant la Grande Famine, autant de bateaux chargés de nourriture produite sur l’île (fruits, légumes, porcs, moutons, bétail) ont quitté l’Irlande à destination de l’Angleterre qu’avant ou après. Il n’y avait pas de monoculture de la pomme de terre en Irlande, c’est juste que c’était la seule chose que, dans leur misère, les paysans irlandais pouvaient cultiver pour eux. Le mildiou a ruiné leur nourriture quotidienne, pas l’agriculture irlandaise.
Contrairement à ce qu'on dit aussi, les Anglais n’ont pas créé la famine. Mais ils n’ont rien fait pour améliorer la situation, et en ont même profité pour exproprier les petits exploitants.
Espoir

Le temps a triomphé, le vent tout éparpillé,
Alexandre, César, les empires, les cités ont disparu,
Tara et Troie ont fleuri un instant et sont tombées,
Et même l’Angleterre, peut-être mordra-t-elle la poussière.

(anonyme gaélique du XIXe siècle,
d'après la traduction de Brendan Kennelly)
A Kilmacduagh, une carte d’identité oubliée, posée sur un mur.
Je la rapporte au poste de police de Gort.
Sur la porte d’entrée un appel à témoin montre un homme au physique inquiétant, à propos d’un meurtre.
Dunguaire Castle
Nous sommes garés derrière de jeunes hispano-américains. Nous attendons qu’ils démarrent car ils sont ivres et nous préférons ne pas les avoir derrière nous, mais loin devant.
Néanmoins ils ne partent pas, ouvrent et referment à plusieurs reprises les portières de gauche. Ceci parce qu’un voyant leur indique qu’une des portes de la voiture est restée ouverte. Nous le savons car nous voyons clairement un espace entre celle de l’arrière droit et la carrosserie.
Je me lève, ouvre la portière mal fermée [regard sidéré du passager], la claque et retourne m’asseoir dans la Dacia.
Le football  gaélique est un sport plaisant, très complet et très vif.
Un très long terrain, près de 150 mètres. Deux équipes de 15 joueurs, amateurs et qui jouent pour leur comté (département, 32 sur l’île) toute leur vie (pas de mercato). Jeu autorisé au pied et à la main.
On ne peut courir avec le ballon (rond) à la main que si on le lâche de temps en temps, en le faisant rebondir ou en le lançant en l’air. Il n’est pas permis de plaquer ou de mettre à terre, mais de pousser l’adversaire, je crois bien que si.
Le but est en gros un poteau de rugby avec des cages de football en dessous (et un gardien). On peut marquer au-dessus de la barre (ça vaut 1 point) ou dans les cages (3).
Une action parmi d’autres : le goal de Kildare arrête un but, assez facilement, mais un joueur du Kerry le repousse derrière la ligne avec le ballon dans les bras (but !). Les arbitres ont quand même réfléchi quelques minutes avant de l’accorder : manifestement cette sorte d’action est plutôt rare et le lendemain à la télé le gardien de but avouera qu’il n’était pas au courant de cette possibilité.
Rester coincé dans un stile (passage à homme par lequel les animaux ne peuvent sortir) à Templecronan Church.
Chercher le second shrine (tombeau-reliquaire formé de plaques de pierre appuyées l’une contre l’autre) à Templecronan Church. Le trouver : il est au nord-est de l’église, mais derrière le mur de l’enclos.
Certains stiles sont en forme de V, d’autres en escalier (longues pierres qui dépassent du mur). Nombreux ceux qui en haut de quelques marches dressent une pierre (ou un moellon) sur champ.
Tempête.
Aiguilles de pluie à Black Head.
Écume volante à Doolin.
De retour à Lehinch, nous oublierons d’aller voir la mer depuis notre point de vue.
Eugene’s, pub d’Ennistymon en longueur, très chaleureux, feu de tourbe, tables au vernis épais, anciennes publicités, drapeaux au plafond, cartes de visite sur tous les murs. Patron sympa, caractère net, volontiers ironique.
Je lui ai laissé la mienne (de carte).
Bu un Powers John’s Lane que j’ai eu du mal à commander ; Roseline avait demandé un elderflower cordial qu’il n’avait pas, et qu’il avait moqué, et il a cru que je continuais dans cette idée-là. Il a fallu que je précise que c’était un whiskey.
Plus tard il est venu me parler, me demander ce que j’avais pensé du Powers, me livrer quelques considérations, fort justifiées et intéressantes d’ailleurs, sur le fait que par rapport aux autres pot stills il manque de finesse, car trop agressif. Quelques mots pour m’expliquer ce qui fait un whisky tourbé : le malt est séché à la tourbe et non à l’air. J’essaie d’échanger un peu mais il n’écoute pas vraiment.
Auparavant un client m’avait fait remarquer que lui se contentait du Gold Label de base, moins cher et qu’après deux verres, ou peut-être trois, on ne voyait pas la différence. On a plaisanté le temps d’un brève conversation, mais je n’ai pu rester au bar car, comme nous avions des sacs, le patron nous a  indiqué [ordonné ?] d’aller nous asseoir à une table plus loin.
Dehors nous retrouvons d’un coup, saisis, le vent, la pluie, le froid, complètement disparus de notre esprit le temps d’un whiskey, d’une bière.
Dernière promenade le long de la plage jusqu’à la rivière (c’est l’Inagh qui fait les si belles cascades à Ennistymon).
Un bouquet de fleurs attaché à un poteau à côté d’un parcmètre à Ennis dans O’Connell Street.
On imagine mal un accident de voiture mortel dans cette courte rue étroite de centre-ville.
Même un piéton écrasé.
Quelqu’un tué dans un acte de violence ?
La ville n’est peut-être pas si calme, nous sommes passés à côté d’un homme assez grand, la joue en sang, la pommette éclatée ou du moins sérieusement râpée. Il marche tranquillement (tout à l’heure il parlait avec un couple d’amis). Il n’essuie même pas la demi-douzaine de coulures, peut-être sèches maintenant, qui partent en éventail sur sa joue.
Repas avec Anaïs à Ennis.

Michael Collins plein de caractère et de goûts.
Une vierge à la sortie d’Ennis, en face de la station service où nous ravitaillons, fine auréole de néon bleu.
Longue discussion avec Fintan et Benedicta avant de quitter l’appartement.
Finalement Sky TV marchait, c’est juste moi qui n’avais pas compris comment faire avec les télécommandes (un peu compliqué quand même).
Voiture totalement carbonisée sur le bord de la route d’Ennis. Et aussi deux chaumières brûlées à Adare. Bizarre de parler d’incendies sous cette pluie continue.
À quel moment l’Irlande s'est-elle dissoute dans le catholicisme ?
Petite promenade dans Tralee. Ville en même temps riche, touristique et avec quelque chose de pauvre, blessé. Repéré une librairie prometteuse au fond de Courthouse Lane.
Excellent fish and chips chez Quinlan. Ils ont leur propre flotte de pêche. Mais il vaut mieux prévoir de venir avec un appétit tout à fait ouvert.
La librairie a tenu ses promesses.
Trop de livres pour les rayonnages. Empilés partout.
Et donc, pour un client distrait un grand désordre.
Mais…
Pique-nique à l’entrée de Killarney
Deux corbeaux
Quels becs !
Promenade vers le Gap of Dunloe.
Nous savons que nous ne pourrons pas y arriver car nous n’avons pas le temps. Ce soir restaurant de fruits de mer à Spa pour les soixante ans de Roseline.
Nous nous arrêtons à la moitié du trajet pour manger quelques scones dans un bouiboui familial improvisé, servis par une ado pas trop renfrognée et décidons de faire quelques centaines de mètres encore avant de rebrousser chemin.
Je marche devant.
J’entends derrière moi crier une femme que je ne connais pas.
Quelqu’un est étendu, de tout son long, face contre terre. 
L’imperméable aubergine de Roseline.
Du sang à sa tête. Beaucoup.
Elle s’est entravée et est tombée en essayant de protéger son appareil photo et la bague de ses soixante ans (mission accomplie).
J’arrête des voitures, interdites  sur ce chemin, mais beaucoup circulent quand même. La première est pleine, la seconde libère une place en attendant qu’il soit possible de la transporter.
Un attroupement se forme, on veut lui lever les jambes (pourquoi faire ? circuler le sang ? elle en a plein la tête), une doctoresse allemande qui revient du gap dans une des innombrables carrioles s’approche, s’inquiète du diabète, n’aide pas.
Richard, de l’Ohio, fait le tour d’Irlande (du monde ?) des golfs. Il a joué celui de Lehinch en 2011.
Il est en Irlande depuis juin. Il a eu beau temps au début. 
Nous échangeons à propos de sport. Les jeunes Américains jouent de moins en moins au football américain. Trop violent, trop dangereux.
Dévier de 40 mètres dans Tralee.
Quartiers populaires où la misère affleure.
Mille lis rouge orangé sur les routes de la péninsule de Dingle.
Les buissons sont en feu.
Taches des nuages sur les pentes des montagnes.
The Great Blasket Island a été abandonnée, l’année où j’ai été conçu.
Roseline voulait depuis longtemps retourner dans un restaurant de fruits de mer à Spa où elle avait mangé, très bien mais trop vite il y a deux ans lors d’un voyage professionnel.
Nous avons dîné à côté d’une famille irlandaise, deux garçons et une petite fille blonde de trois-quatre ans et avons un peu lié conversation avec eux.
Ils ont eu bien sûr des chocolate mints avec l’addition.
En partant la petite m’a brusquement donné le sien en le posant sur la table. J'ai gardé le papier.
Fenit, port artificiel en mer appuyé sur une île rocheuse, statue de saint Brendan.
Un photographe s’installe pour capturer la lumière du crépuscule sur Little Samphire Island et son phare.
Je le retrouverai sur la quatrième de couverture d’un livre sur le Wild Atlantic Way, il se nomme Carsten Krieger.
Kenmare
Bonane
B&B The Ford
Effectivement de la fenêtre nous voyons le gué, bordé vers l’amont par de grosses pierres cubiques, et de plus petites vers l’aval.
Blarney Castle vu de loin.
Nous nous approchons.
Caché par les arbres.
Les arrières de Cork.
Joli toujours mais autrement que le centre-ville.
Un homme traverse la rue en chaussettes de tennis.
Au musée du vin à Desmond Castle,
Une carte du monde en bouchons de liège.
Un seul pour la Tasmanie.
Ce soir, on voit les pots vides sur les étagères poussiéreuses à travers le trou
de la superbe vitrine de la pharmacie abandonnée à Clonmel
Il y a de la lumière. De la lumière ?
Propriétaire du B&B, en conclusion d’une conversation sur Daech :
L’IRA, ce n’est pas que ce sont des terroristes,
c’est qu’ils sont malfaisants (
wicked
).
L’ombre de la dernière pinte de Guinness
Sur la table de bois.

Ode

Nous sommes les faiseurs de musique
Et nous sommes les rêveurs de rêve,
Errant sur les coureurs de mer,
Et assis à côté de ruisseaux désolés ;
Nous qui perdons et abandonnons
Le monde sur qui brille la pâle lune ;
Pourtant nous faisons bouger le monde,
Nous le secouons pour toujours, semble-t-il.

Avec de merveilleuses chansonnettes immortelles
Nous bâtissons les plus grandes cités du monde,
Et d'une fabuleuse histoire
Nous façonnons la gloire d’un empire ;
Un homme qui a un rêve, comme il le voudra,
S’avancera et conquerra un royaume ;
Et trois avec une nouvelle chanson
Peuvent piétiner un empire.

Nous, au long des âges,
Dans le passé enseveli de la terre,
Avons bâti Ninive de nos soupirs,
Et Babel même de nos rires ;
Et nous les avons renversées de nos prophéties,
Cherchant le nouveau monde sous l’ancien ;
Car chaque âge est un rêve qui meurt,
Ou un rêve qui vient au monde.

Arthur O’Shaughnessy, 1844-1881
À une enfant dansant dans le vent

Danse là sur le rivage ;
Pourquoi donc te soucierais-tu
Du vent ou du grondement des eaux ?
Et laisse tomber ta chevelure
Détrempée de gouttes salées ;
Tu es jeune, tu n'as pas connu
Le triomphe de l'imbécile, et pas encore
L'amour perdu sitôt trouvé,
Ni la mort du meilleur ouvrier
Quand toutes les gerbes restent à lier.
Pourquoi devrais-tu avoir peur
Des monstrueux hurlements du vent ?

William Butler Yeats, 1865-1939
Erreur commune à propos du whisky : les « pur malt » seraient meilleurs que les « blend » (whisky d'assemblage). En fait rien qu'à le dire, on se rend compte de l'absurdité de cette affirmation. Comment un whisky composé de 30 à 50 « pur malt » (et whiskies de grain), comme c'est le cas de certains assemblages écossais, une fois travaillé et vieilli correctement, pourrait-il ne pas être bon ? Très bon. Pour résumer, un « pur malt » sera toujours bon (disons noté entre 15 et 20 sur 20, je suis prof), alors que les « blend » peuvent aller de l'effroyable (1/20) au fabuleux (20). Donc en moyenne les « pur malt » sont meilleurs, mais cela n'empêche pas qu'un « blend » donné peut être bien meilleur qu'un « pur malt » donné. Il faut, en voyage et ailleurs, apprendre à penser le complexe, penser les choses une par une.
Erreurs communes à propos du whisky irlandais
- Il n'y a pas de pur malt irlandais. Si si, je l'ai entendu dire. Ça ne mérite même pas une réponse.
- Il n'existe pas de whisky irlandais tourbé. Vu que la tourbe recouvre une grande partie de la surface de l'île, ce serait étonnant. Et de fait le pourcentage de whiskies tourbés est le même en Irlande qu'en Écosse (environ 10 %). Mais comme il y a plus de scotchs…
- Le whisky irlandais est le produit d'une triple distillation. Ça arrive, et c'est une spécificité, certes. Les Écossais disent que si les Irlandais distillent trois fois le whisky, c'est parce qu'ils ont raté les deux premières. Il n'en reste pas moins que Cooley, par exemple, qui produit autant que toutes les autres distilleries de l'île réunies, ne distille généralement que deux fois.
Deux spécificités réelles du whisky irlandais
- Il est plus doux, plus lisse en bouche que l'écossais. C'est les collines du Connemara comparées à l'âpreté des monts des Highlands.
- Il existe un type de whisky que l'on ne trouve qu'en Irlande. Nommé Pure (ou Single) Pot Still, il est distillé à partir d'orge germée (maltée), et d'orge non maltée. Au départ, c'est pour des raisons fiscales : comme il y avait un impôt sur le malt, les insulaires ont imaginé de fabriquer leur boisson à partir de malt mélangé à de l'orge laissée telle quelle. Marques principales : Redbreast (rouge-gorge), Powers John's Lane, Yellow Spot, Green Spot, Midleton Barry Crocket Legacy.
Dès que Roseline sort suffisamment du choc pour qu’on puisse la déplacer (jusqu’ici elle est étendue par terre la tête sur son sac), elle monte devant dans la voiture et moi derrière. Je lui tape sur l’épaule pour obtenir des réactions. Elle me demande d’arrêter. L’homme qui est assis à côté de moi me raconte des tas de choses que je ne comprends pas, dans un accent très fort. Un Allemand aurait raté un bateau.
Arrivé à la voiture, je prends le volant. Première fois, d’habitude elle ne me laisse pas conduire à gauche. Retour à Killarney en la faisant parler et en l’empêchant de s’endormir.
Une dame m’indique l’hôpital, très clairement, et après une erreur (je frappe à la porte des services administratifs de santé du Kerry, juste à côté), infirmière polonaise et docteur Coffey très second degré (« ses statistiques vitales sont meilleures que les miennes »).
Abrasions sur le côté gauche du visage et plaies sur le front ; genou gauche enflé et plaies ; ligament extérieur de la cheville droite touché.
J’annule le restaurant ; nous irons demain.
Elle dort en ce moment paisiblement derrière moi dans la chambre du B&B.
…et merci à Bernd Biege
pour certains arguments
et la plupart des vannes.
Attendez. Ça va parler. Ça va raconter.
Ne touchez à rien avant la fin.
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