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Zaho : Chanter à travers les frontières

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Jarrett Anderson

on 8 June 2011

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Transcript of Zaho : Chanter à travers les frontières

Afficher l'interview en cliquant: http://www.dailymotion.com/video/x4ip80_une-journee-avec-zaho-a-paris-repor_music A travers sa musique, Zahera Darabid trace un chemin tortueux qui nous mène à bien des ambiguïtés et interpelle plusieurs différents mondes pour décrire le sien. Pour reprendre ce qu’elle dit dans une interview, elle « kiffe » de « vrais freestyles » sur des « instru’ » qui lui « parlent », et, dans une autre interview, nous fait savoir qu’elle a aussi une connaissance de la littérature et de la poésie de son Algérie natale (Interview. Zaho à Paris n. pag.). Dans le livret de son album Dima, qui est sorti printemps 2008, on la voit s’appuyer contre un mur industriel de blocs de ciment, munie de bijoux scintillants, les lèvres brillantes de gloss. Elle y paraît à la fois élégante et féroce avec une force qui provient de sa présence, toute seule, une beauté somptueuse dans ce lieu rude et froid. Afficher l'interview en cliquant:
http://www.dailymotion.com/video/x4pdpk_une-journee-avec-zaho-a-l-institut_music Lors d’un de ses concerts à un Virgin Megastore en banlieue parisienne, les spectateurs se mettent à crier de joie au moment où elle chante de « l’Algérie, [son] pays natal », une identification évidente avec la culture maghrébine qui domine décidément la banlieue (Tu reconnais Belle Epine live Virgin n. pag.). Dans un autre concert à Paris même qui date à peu près du même moment, la foule se lance dans la folie lorsqu’elle affirme qu’elle « fait vibrer Paname », une autre identification avec la France, cette fois-ci avec la capitale, interpellée avec le mot Paname (Tu reconnais “live” à la Cigale n. pag.). Zahera, que l’on connaît peut-être mieux sous le nom Zaho, nous plonge au milieu de ces contradictions et en sort telle que l’on la décrit dans les médias, chanteuse québécoise née en Algérie vivant à Montréal depuis plus de douze ans. Sa musique mise énormément sur sa culture d’origine et la culture de l’Hexagone, mais on a raison de se poser la question du rôle du Québec dans tout cela ? En tant que chanteuse hip-hop, Zaho agit, par définition, selon une certaine culture de rap et hip-hop qui provient principalement de New York et de la banlieue parisienne (Durand 10). Ceci, certes, mais elle entame également une sorte de discussion entre la France, l’Algérie et le Québec, et se définit en relation avec ces trois pôles identitaires. Elle évoque à la fois les gratte-ciel du centre-ville de Montréal, les rues de la banlieue parisienne et la chaleur de son enfance passée en Algérie, se faufilant entre les étiquettes de catégories musicales et les images qui en font partie afin de s’exprimer, une chanteuse parfois énigmatique qui semble être, au bout du compte, un peu de tout. Si l’on se met à décortiquer l’œuvre musicale de Zaho ainsi que l’image qu’elle cultive dans les médias, on voit apparaître les contradictions et ambiguïtés susmentionnées, un moyen de suggérer que, du moins pour elle en tant qu’immigrante au Québec, l’identité et l’appartenance à un pays ne se réduisent pas à une simple question de citoyenneté. Il s’agit plutôt de ce qu’appelle Myriam Hachimi Alaoui, maître de conférences à l’Université du Havre, « l’identification transnationale » ; la musique de Zaho laisse entendre « la mobilité de l’identité » par rapport à ces trois pôles identitaires, et l’ensemble d’éléments qui la composent nous fait parcourir le monde (Hachimi Alaoui 198). Le Québec a une population immigrante importante, et une étude démographique fait remarquer que, en 2001, 9,9% de la population du Québec était d’origine immigrante (Biles 187). Parmi ces milliers d’immigrants qui habitent au Québec, il y a Zaho, avec son parcours unique et coloriée qui se heurte à une société québécoise traditionnellement homogène et dont l’attitude envers l’immigration met souvent l’accent sur l’intégration et l’assimilation (Jedwab 212). Directeur général de l’Association d’études canadiennes Jack Jedwab écrit que, en 2007, un an avant la sortie de Dima, plus de 75% des Québécois ont souhaité que les immigrants au Québec deviennent plus comme les Canadiens (Biles 212). Ceci refoule ce qu’essaie de faire Zaho, qui n’est pas réticente à faire appel à l’Algérie dans ses paroles, dans des interviews et même dans le style de sa musique. Bref, elle laisse entendre origines complexes tout en étant québécoise. Elle incarne un mouvement d’immigrants qui veulent combattre cette attitude assimilationniste et établissent, par la suite, une société portée vers un avenir qui reconnaît l’importance et la richesse d’être plusieurs peuples et un à la fois. Elle contribue ainsi à une œuvre collective immigrante qui célèbre la force de la différence au Québec et au-delà. Le livret de son album nous dit tout : elle est reconnaissante d’un Canada qui lui a donné « toutes [ses] chances » de réaliser son rêve, et elle nous fait tout un travail pour nous faire comprendre à quel point elle s’investit dans cette vision immigrante (Dima). Affirmer la force de la différence par rapport à la société en général, comprise ici comme être fidèle à son caractère et ne pas soumettre aux demandes des autres, constitue un effort de subvertir la politique d’assimilation qui a bouleversé Zaho quand elle est arrivée au Québec. Elle dit ne pas s’être rendue, par principe, aux demandes des plus grandes maisons de production qui voulaient qu’elle modifie sa façon de chanter et de se présenter pour conformer au grand public (Interview. L’interview 2008 n. pag.). Les maisons de productions voulaient qu’elle se conforme à une certaine image, à un certain son, mais elle a refusé. Il suffit de reprendre une interview dans laquelle elle discute cette question : « Si j’avais voulu exister, faire de la musique à n’importe quel prix, j’aurais pris la première offre venue-qui aurait été généreuse. … Mais tant que je ne sentais pas que j’étais comprise, qu’on comprenait mon style, qu’on voulait me faire travailler de telle ou telle manière, je n’étais pas prête à plonger, à signer comme ça » dit-elle. Elle surenchérit en disant qu’elle voulait « marquer les gens, marquer la musique, essayer d’exister … marquer [son] passage dans cette vie » pour créer ce qu’elle appelle son « univers musical » qui lui correspond (Interview. L’interview 2008 n. pag.). Dans la chanson « Incomprise », Zaho chante de la manière dont la société québécoise l’a refoulée, lui donnant l’impression d’être « étrangère parmi tous ces gens immobiles ... seule abandonnée à [son] île » (Dima). Révélatrice de la situation de beaucoup d’immigrants algériens au Québec, cette chanson est riche dans la mesure où elle dépeint Montréal comme « l’île » où se refugie Zaho lorsque la société refuse de l’accepter telle quelle. Cela montre la tendance qu’ont beaucoup d’immigrants algériens de s’installer dans la région montréalaise, ce qui pourrait expliquer la raison pour laquelle Zaho semble s’identifier plus avec Montréal qu’avec le Québec entier (Adjila 10). Cette identification régionale avec Montréal nous suggère aussi que Zaho mise énormément sur la communauté d’immigrants, eux, aussi, en train de faire face à une notion d’assimilation qui efface la différence, qui se concentre dans cette région. Elle décrit effectivement le sentiment d’isolement qu’elle éprouvait face à une société qui voulait supprimer sa différence. Malgré la pression de se conformer, Zaho ne se laisse pas borner dans sa musique, et l’identité qu’elle y articule transcende les frontières nationales mais reste, en quelque sorte, québécoise. Ayant été bercée par la musique du rap français naissant des années 90, il est normal que Zaho manie un certain lexique du rap qui correspond à ces artistes qui l’a marquée musicalement (“Zaho : Dima” n. pag.). On découvre aussi, dans sa musique, une panoplie de références qui brossent un tableau d’une musicienne qui se constitue à partir de plusieurs cultures sur trois continents. C’est à travers toutes ses références souvent ambiguës qu’elle nuance un parcours qui fait d’elle une artiste pas tout à fait québécoise dans la forme, mais elle l’est complètent dans le fond. Par la suite, cette analyse nous renvoie à une question sur l’aspect problématique de langue pour les immigrants dans un Montréal francophone de plus en plus menacé car de plus en plus anglophone. Jack David Eller, professeur à l’University of Colorado, traite cette question de langue, que l’on approfondira plus tard, et fait comprendre que l’anglais est attrayant pour un immigrant au Québec pour des raisons pragmatiques et économiques (338-9). Par contre, je constate que Zaho nous révèle l’autre côté de cette question, avec son travail qui mène, non pas à l’anglais comme c’est le cas pour beaucoup d’immigrants, mais plutôt en France avec un français de France (Marshall 265). Cependant, ce serait une erreur de croire que la France signifie tout son univers musical ; c’est une influence importante, mais ce n’est pas son tout. Zaho s’avère très réticente à épouser complètement le hip-hop tel que l’on le voit le plus souvent en France, même si elle chante en un français qui se reconnait facilement par son accent un peu banlieusard et sa tendance à employer le verlan. Elle refuse donc de rentrer dans un moule quelconque et, également, de se dire d’un seul pays. Elle se prête ainsi à une société québécoise, comme la décrit Marco Micone dans son poème Speak What, où la diversité de son peuple devient semblable à celle d’un « jardin » prospère, dont le succès provient de la main-d’œuvre de ses habitants qui sont unis par leur dévouement à l’avenir du pays (Micone n. pag.). Sa musique se range donc du côté de ceux, comme Micone et l’écrivain québécois Antonio D’Alfonso, qui croient que la diversité fera la richesse du Québec. On peut se permettre de faire une telle comparaison parce que Zaho laisse entendre tous les pays qui l’ont marquée. Sa notion de soi « transnationale » nous rappelle la solidarité avec le Québec qu’évoque Micone lorsqu’il écrit que les immigrants qu Québec sont « cent peuples venus de loin/pour vous dire que vous n’êtes pas seuls » (Micone n. pag.). Elle fait également écho à l’écrivain québécois Antonio D’Alfonso, qui, d’origine italienne, s’est rendu compte de qui il était que lorsqu’il a réconcilié son identité québécoise avec ses racines italiennes. La fin de son poème « Italia mea amora » nous montre qu’il permet à ses origines italiennes de faire partie de son identité, ce qui nous renvoie à tous ces exemples où Zaho affirme qu’être québécoise veut dire aussi se laisser être autre chose en même temps (D’Alfonso n. pag.). En dépit de ses références diverses qu’évoque sa musique, son accent et sa connaissance semblable avec la culture du hip-hop français, il est facile de ne pas savoir que Zaho est québécoise. Peut-être plus évidemment, elle n’a pas du tout l’accent qui situe d’habitude l’auditeur dans un contexte du chant québécois. Elle emploi le verlan, un langage argotique commun en France mais non pas ailleurs, dans son single très populaire « C’est chelou ». D’après Alain-Philippe Durand, professeur à l’University of Rhode Island, le verlan est un langage argotique basé sur la déformation des mots en renversant les syllabes qui évoque principalement un langage unificateur de la banlieue parisienne, décidément considérée le berceau du rap français (xiv). Le fait d’employer le verlan ne devrait être perçu ni comme une forte identification avec la France ni comme un refus du français le plus souvent parlé au Québec. A ce sujet, Michel Foucault nous rappelle que « dans toute société, la production du discours est à la fois contrôlée, sélectionnée, organisée et redistribuée par un certain nombre de procédures qui ont pour rôle d’en conjurer les pouvoirs et les dangers, d’en maîtriser l’événement aléatoire, d’en esquiver la lourde, la redoutable matérialité » (10-11). Afin de se présenter comme une chanteuse de ce genre en France, elle était, selon Foucalut, contrainte à se soumettre à l’ordre discursif du hip-hop français. Cela ne veut pas dire pour autant que l’influence de ce discours domine toute son œuvre musicale. Certes, le verlan n’est pas souvent d’usage au Québec, mais, il y a un effort particulier porté aux mots en verlan pour que, on peut le présumer, un public non-habitué au verlan puisse le comprendre. Elle chante en verlan, en fait, uniquement les deux mots clé du refrain : chelou (louche à l’envers) et tasspé (pétasse à l’envers). Au début de la chanson, les paroles sont brouillées, c’est-à-dire censurées en étant remplacées par un bip, ce qui fait que l’auditeur écoute plus attentivement la prochaine fois qu’elle les chante. Egalement, une deuxième voix, sa voix que l’on entend de fond, chante le mot normalement mais plus doucement presqu’à chaque fois que l’on les entend en verlan. On ne peut que conclure qu’il s’agit d’un moyen pour assurer qu’un public en dehors du milieu du rap français-celui du Québec, on pourrait présumer-peut comprendre et apprécier la chanson. Au-delà du linguistique dans cette chanson, les instruments choisis pour le début évoquent l’influence de la musique raï, une musique d’origine algérienne à laquelle elle a surement été exposée durant ses premiers 18 ans en Algérie. L’influence de la musique raï devient d’autant plus indéniable quand on considère que Zaho a collaboré avec Cheb Mami, un chanteur raï, pour une chanson intitulée « Halili ». C’est en décodant les signes et les influences de cette seule chanson que l’on arrive à voir que, pour Zaho, l’identité est plus compliquée qu’une simple appartenance nationale et culturelle et qu’elle peut obéir au discours régnant en France tout en s’assurant que ceux qui sont en dehors de ce milieu-là comprendront. Cette analyse continue avec la chanson « Tu reconnais », ce qui sert de « carte de visite », comme elle a dit dans une interview, pour démarrer ses concerts en France, Zaho se décrit, tout au début, comme un « OVNI arrivé tout droit de Montréal ». (Interview L’interview 2008. and Tu reconnais n. pag.). Cette chanson est énormément révélatrice parce que, comme elle la chantait en premier lors de ses concerts en France, cela servait de moment pour raconter aux spectateurs exactement qui elle était et quelles étaient ses motivations d’être là devant le public. Par ailleurs, l’instrumentalisation sur laquelle elle chante est tirée de la chanson très connue « Give it to me », une collaboration entre Timbaland, Justin Timberlake et Nelly Furtado, celle-ci étant une concitoyenne canadienne. Dans une interview trouvée sur internet, elle explique d’abord le choix de cette instrumentalisation en disant que c’était « une manière de [se] présenter pour les gens qui ne [la] connaissent pas à travers un titre d’une [chanteuse] canadienne qui est Nelly Furtado qu’[elle] aime beaucoup » (Interview. L’interview 2008 n. pag.). Ce choix, et l’expliquer ainsi, nous indiquent que l’aspect canadien de cette chanson lui est, bien entendu, très important.
En outre, dans la même chanson, il y a un moment où Zaho chante que les critiques qui disent qu’elle ne fait que suivre des tendances éphémères « ont la haine », une parole qui nous renvoie forcément à l’émotion qui semble dominer la culture de la banlieue parisienne. Les références contemporaines à la haine des immigrants en banlieue sont nombreuses, et, par ailleurs, on pense tout de suite au film qui porte ce titre et qui, si l’on veut, représente tellement la vie de la banlieue. En expliquant que ce sont les critiques qui ont la haine, il est très clair que Zaho ne veut nullement être confondue avec cette culture-là ni avec la mentalité que l’on y trouve souvent. Puisque les banlieues où se sont déclenchées les émeutes en 2005 sont majoritairement peuplées d’immigrants, chanter cela en France en tant que maghrébine elle-même met Zaho de l’autre côté de la haine et de la violence qu’évoque ce mot. Il convient donc de constater que, malgré la forte identification avec le milieu banlieusard, Zaho ne veut pas pour autant se mêler à tout ce que signifie la banlieue. Encore une fois, c’est une ambiguïté qui s’avère importante dans cette discussion identitaire. La notion d’elle comme un OVNI montréalais atterri en France l’indique suffisamment ; la banlieue lui est importante, mais elle s’y sent quand même, pour exploiter davantage la métaphore, comme un extraterrestre. Le groupe de rap marseillais IAM s’est servi du même genre de métaphore pour marquer la différence entre d’où ils viennent et le reste de la France. Ils ont produit deux albums dont les titres sont des références directes à leur ville comme un endroit si éloigné physiquement et culturellement que c’est une autre planète : dans le cas d’IAM, « Marseilles is identified with the planet Mars to emphasize its specificity » à ne pas confondre avec Paris ou toute la France (Durand 24). La spécificité donc de Montréal désigne les qualités que la France n’a pas, comme c’est le cas avec IAM, et permet à Zaho d’exprimer son attitude envers le Québec, précisément Montréal, comme son pays/sa ville. Il serait difficile de nier que Zaho ne ressent pas un sentiment d’appartenance au Québec si l’on considère la signifiance de cette seule parole prononcée devant des milliers de français. En même temps, il est contradictoire de considérer le fait précédent par rapport au fait qu’elle tourne principalement en France et qu’elle a gagné le prix pour le meilleur artiste français lors des 2008 MTV Europe Music Awards. L’ambivalence que soulève cette situation, fièrement montréalaise mais lauréate d’un prix pour un artiste français, revient à la série de contradictions énumérées dans l’introduction de cette analyse. On a raison de se demander comment et pourquoi elle puise dans les racines de son pays natal, parcourt l’Hexagone et, pour couronner le tout, nous rappelle qu’elle est montréalaise et qu’il faut rentrer au Québec. Ceci est une stratégie identitaire qui, comme l’explique Myriam Hachimi Alaoui, « permet de se définir de façon sélective : s’approprier certains aspects de la culture de la société algérienne et en refuser d’autres, considérés comme négatifs. Ce type d’identification suit aussi d’autres fins ; il permet de dépasser le système de catégorisation … dominant au Québec » (212). Bill Marshall, professeur à l’University of Glasgow décrit la même situation avec le terme clé « transcultural » car l’actualité mondialiste et informatique rend les frontières nationales de plus en plus poreuses (267). Il constate que, bien qu’un immigrant passe d’un pays à un autre en immigrant, il passe dans un état d’osmose avec la culture du pays d’accueil et se permet de créer une culture qui convient à cette nouvelle situation. Ce va-et-vient entre cultures n’oblige pas un immigrant de choisir soit de rester comme il était soit d’adopter un nouveau mode de vie, mais de se constituer à partir de « one’s own array of cultures, identities and memories » (266). Le souvenir de son passé devient ainsi un moyen d’interpeller ses origines, et l’aspect du retour, quoique imaginaire, fourni par le souvenir s’avère essentiel pour le va-et-vient. La notion de souvenir devient très importante chez Zaho, et sa chanson intitulée « Mon parcours » qui raconte, en effet, l’histoire de sa jeunesse en Algérie qui lui « apparaît » comme un « mirage » « dans ce froid » (Dima n. pag.). Malgré tout le succès professionnel qu’elle connaît depuis son arrivée au Québec, elle nous fait comprendre, dans le refrain de la chanson, que, certes, elle a changé, mais, quand même, qu’elle songe à ces proches en Algérie et qu’ils lui manquent. Le titre « Tout vibe bien » soutient cette idée : « A chaque fois que je vis en présent c’est le passé qui me rattrape et qui me pousse à tout lâcher » (Dima n. pag.). Le présent s’entrelace donc au passé, et le souvenir en surgit, une force puissante, quand elle évoque les deux dans les mêmes paroles. Il s’agit, dans cet exemple, du mouvement, de la « partance », comme l’appelle écrivain québécois Pierre Monette, entre le passé et le présent afin de se définir (Marshall 266). Cet aspect se montre primordial chez Zaho, surtout dans la mesure où la chanson décrite sert à transmettre un message sur son présent à ces proches en Algérie et pour ses fans qui y ont, eux aussi, des racines. Il y a, chez d’autres œuvres des immigrants vivant au Québec, cette tendance à interpeller d’autres lieux et cultures dans un texte qui reste, toutefois, québécois. A titre d’exemple, Marshall décrit la même situation pour un film québécois qui s’appelle The Apprenticeship of Duddy Kravitz : « Its engagement with Quebec society is virtually non-existent », mais le film reste quand même un film québécois (270). Ici, Marshall constate que ce n’est pas une question du Québec comme un vide culturel qui n’a pas de particularités culturelles, mais l’important est d’engager des enjeux culturels qui font entrer le Québec dans des discussions qui se passent à un niveau international. Le film qu’il décrit montre, par exemple, le glissement social vers le haut des juifs en Amérique, mais dire que le film est québécois engage le Québec dans une discussion internationale sur les minorités religieuses. Cela revient à l’idée de la porosité de la nation, mais il ne suffit cependant pas de dire qu’un texte est québécois parce qu’il est dépourvu de références nettement québécoises. Une telle conclusion serait trop simpliste. Tout comme le film, Zaho engage donc le Québec dans des discussions internationales sur la femme et sur le droit des femmes d’exercer le métier de leur choix. Pour reprendre la chanson « Mon parcours », elle chante que, jeune en Algérie, « [elle avait] de bonnes notes car [elle voulait] devenir astronaute/mais [elle a] compris qu’en étant une fille dans [son] pays/ce n’était pas possible alors [elle] a dit tant pis » (Dima n. pag.). C’est ce refus de la société algérienne qui l’a poussée à poursuivre la musique, et c’est donc son arrivée au Québec qui lui a donné enfin l’occasion de commencer à chanter comme elle voulait. Elle évoque ainsi l’Algérie et critique alors la manière dont les femmes sont défendues de faire certains métiers. Elle brosse effectivement le tableau d’un Québec qui lui a permis de réaliser un rêve que lui a interdit l’Algérie, et ceci engage désormais le Québec dans la question de la liberté de la femme. C’est ainsi que l’on comprend que, pour Zaho, être québécoise veut dire être ce que représente le Québec et partager la vision de la société québécoise. Logiquement, il est normal de se poser la question pourquoi, si Zaho est vraiment québécoise, tourner en France et ne pas chanter plus avec l’accent québécois ? La réponse de cette question renvoie à la situation actuelle des allophones au Québec et nous montre peut-être l’autre côté de la réponse la plus répandue. Etant donné le bilingualisme officiel qu’a le Canada, cela va de soi que la langue qu’utilise un immigrant dans son pays d’accueil touche quelque chose de profond pour la question de l’identité. Jack David Eller, professeur à l’University of Colorado décrit la situation crée par le bilingualisme ainsi : le Canada se divise effectivement en « two Canadian ‘language nations’. … French was, for most of the history of Canada, a less prestigious and less practically (i.e., economically) useful language, so that more immigrants desired to learn English than French (338-9). Eller surenchérit, ajoutant que « identity matters … certainly do not reflect language ones » (338). En d’autres termes, la langue que l’on parle ne veut pas dire tout sur qui on est, même si on a tendance à penser ainsi. Avec une attitude historiquement portée vers l’assimilation et l’homogénéité de sa population, le Québec met donc ses immigrants face à une grande question linguistique : vivre ici et parler français ou vivre dans une autre province du pays et parler anglais. Jedwab soutient cette idée dans son livre intitulé Immigration and Integration in Canada: In The Twenty-First Century. Jedwab écrit que l’opinion publique, souvent en faveur d’une politique d’immigration assez progressiste, dit vouloir, surtout au Québec, que les immigrants « become more like other Canadians » (221). On en voit un exemple avec la ville de Montréal qui s’américanise/s’anglicise d’année en année, mais Zaho présente, en fait, un troisième choix. Face à la question économique et pragmatique décrite par Eller, il s’agit de choisir entre le français au Québec ou l’anglais du Canada ou des Etats-Unis. Zaho semble avoir choisi le français de France. Ceci ne met pourtant pas en question son appartenance au Québec-cette analyse met déjà au grand jour les manières dont elle se prononce québécoise ou du moins montréalaise-mais on voit ainsi un autre versant, si l’on veut, de la question qui se pose à beaucoup d’allophones au Québec. En misant sur le souvenir de son passé et l’opportunité de son présent, Zaho exprime l’idée que l’on essaie de décrire par « la partance » ou le mouvement qui caractérise une notion de soi à travers, pour reprendre le terme d’Hachimi Alaoui, l’identification transnationale. Zaho devient donc difficile à cerner, évoquant à la fois son parcours à travers trois différents continents. La quête identitaire qu’elle mène se trouve donc enfermée dans les questions de bilingualisme et biculturalisme qu’est officiellement le Canada. Manifestement, entre le choix de deux langues différentes avec deux cultures historiquement opposées, elle choisit autre ; elle choisit de travailler en français de France. Certes, on pourrait poser la question de la disparition de la culture du Québec parce que Zaho semble être autre en étant québécoise, mais, tout compte fait, elle relie ses pôles identitaires en les chantant avec la voix qu’elle a trouvée au Québec. Zaho crée avec soin son image, son son et sa musique-un peu raï, un peu banlieue, un peu française, un OVNI en France, une fille d’Algérie-pour se dire, en fin de compte, une réussite musicale au Québec. : Zaho : Chanter à travers les frontières
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