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Le Theâtre Elisabethain

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by

fx berthier

on 25 February 2016

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Transcript of Le Theâtre Elisabethain

L'Angleterre au XVI e siècle
Le Theâtre Elisabethain
La Renaissance se développe au XIVe siècle en Italie, puis au XVe en France, avant d'atteindre l'Angleterre relativement tardivement, un siècle plus tard.

Le Théâtre anglais renaissant coïncide avec les règnes de 3 souverains :
Portrait d'Élisabeth Iere (1533-1603) commémorant la défaite de l'Invincible Armada représentée en arrière-plan. La puissance internationale de la reine est symbolisée par sa main appuyée sur le globe terrestre. (vers 1588)

Source :http://www.luminarium.org/renlit/elizarmada.jpg

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Ier_%28roi_d%27Angleterre%29#/media/File:Charles_I_%281630s%29.jpg
Le théâtre élisabethain :
On désigne sous ce terme la production dramatique qui fit la gloire du règne d'Elisabeth 1ère (1558-1603) et se prolongea jusqu'à la fermeture des théatres en 1642, après l'arrivée au pouvoir d'
Oliver Cromwell
et la victoire des puritains.

La période florissante de ce théatre, qu'illustre brillamment l'oeuvre de Shakespeare, s'étend de 1580 à 1630 environ.

Elisabeth 1ère (1558-1603) dernière représentante de la dynastie Tudor
Jacques I (1603-1625), premier Stuart
Charles I (1625-1642)
On parle respectivement de

« théâtre élisabéthain »

« jacobéen »

et « caroléen ».

Londres au début du XVII e siècle :

Avec 200 000 habitants, Londres est alors une des villes les plus peuplées d' Europe.
Le graveur Cornélius de Visscher réalisa en 1616 une vue générale de Londres depuis le sud de la Tamise :
The Visscher panorama of London (1616) -détail-
Outre la cathédrale St Paul, on distingue sur cette vue le Bear Garden et le Théâtre du Globe
http://www.peterberthoud.co.uk/2012/09/visscher-panorama-of-london/
Sur cette autre vue on distingue le théâtre du Cygne, The Swan .
Le centre historique est situé au nord de la Tamise. Dominé par la cathédrale St Paul, il s'appelle déjà la City. Au sud on distingue le faubourg de Southwark, quartier des tavernes, lieux de débauches et théâtres publics qui échappent ainsi au contrôle des autorités...
A-Des "pageants"aux cours d'auberges

Le Moyen-âge n’ayant pas édifié de bâtiment spécifiquement consacré à la scène, le théâtre de la Renaissance se donnera soit en représentation privée, soit dans des cours d’auberge pour les représentations publiques.Jusqu'au XVIe siècle, les troupes ambulantes anglaises, avaient intallé des roues aux mansions, connues sous le nom de « pageants ».
La naissance du Theâtre Elisabethain
C-Les premiers théâtres publics
Vue de l'intérieur de The Theatre par Walter C. Hodges, c. 1576
Les premiers théâtres publics construits à Londres sur ce modèle, dès le début du règne d’Élisabeth, le Theater, le Curtain, le Globe, ont une forme circulaire, elliptique ou polygonale, qui perpétue la conception médiévale du théâtre en rond. Ce sont des structures légères, en bois, presque aussi aisément transportables qu’un chapiteau de cirque. Ce n’est qu’en 1623 que le premier théâtre en dur sera bâti.
Construit hors les murs, dans les « liberties» de la ville, lieux de marginalisation où cohabitent prostituées, joueurs, ce théâtre accueille un public interlope qui n’hésite pas à réagir, par ses rires ou par ses huées, au spectacle.
I-Le lieu théâtral
élisabethain

Walter C. Hodges, Inn Yard Stage, vers 1585
source :http://shalt.dmu.ac.uk/locations/cross-keys-inn-1578-94.html
Les spectateurs s’installaient dans la cour rectangulaire et sur la galerie qui courait le long du premier étage. Cette disposition se retrouvera lorsqu’on construira des théâtres.
Une cour d'auberge vers 1585
The Theatre (1576-1598) by Walter C. Hodges
Auberge Bell Savage à Londres
Auberge du Bull à Londres
Le premier théâtre public, appelé précisément The Theatre, fut construit en 1576, dans Shoreditch, au delà des limites nord de Londres, hors de l’enceinte de la Cité et donc de la juridiction des autorités civiles souvent opposées au théâtre.

Il a été construit par
James Burbage
(?-1597), acteur et constructeur de théatres et John Brayne son beau frère dont le fils Richard, comédien lui-même, compagnon de Shakespeare, joua un rôle très important dans la vie des théâtres.

Vue du nord de Londres où l'on distingue The Curtain (1577-1625)
source: http://shalt.dmu.ac.uk/locations/curtain-1577-1625.html)
The Theatre
Capable d'accueillir 1500 spectateurs assis dans des galeries sur 3 niveaux autour d'une cour couverte qui recevait aussi une partie du public ; sur un coté se trouvait la scène qui était une structure permanente dotée d'un toit soutenu par des piliers et d'une tiring house à l'arrière qui servaient aux entrées et sorties des acteurs ainsi qu'aux changements de costumes. C'était un édifice polygonal en boiseries noires et en platre blanc, à toiture probablement en tuiles
Un an après The Theater, en 1577, un autre théâtre y fut bâti, à 100 m au sud: le Curtain Theatre.(
La Courtine
, et non pas
Le Rideau
, parce qu’il s’élevait près de la courtine, fortification de la Cité).

Il adopta le même plan que celui du Theatre avec trois séries de galeries entourant une cour ouverte et une scène surélevée. Cela coutait un penny pour rester debout au parterre et un penny de plus pour s'asseoir à la galerie. Il en coutait trois pour les sièges les plus confortables pourvus de coussins.

Le public se rassemblait au son de la trompette . Au XVIe siècle, qui dit foule, dit bagarres et émeutes. Les propriétaires du THEATRE eurent maille à partir avec la justice en raison des divers troubles générés par la présence d'une foule qualifiée de vile populace qui hantaient les parages du THEATRE.

Un auteur de l'époque évoque ainsi : « 
Je voulus me rendre au Theatre voir une pièce mais lorsque je m'y rendis, trouvai telle affluence de gens au comportement déréglé que je jugeai préferable de marcher solitairement par les champs que de se meler à une telle presse 
». Il s'endormit non loin de la et sus que la pièce était finie parce qu'il y avait une multitude de gens dans les champs.

Finalement le quartier de
Shoreditch
jouissait avec ses deux théâtres d'une nouvelle réputation : lieu de loisirs, de divertissement, plus tapageux que les autres quartiers de londres. Centre de commerces de tavernes et de bordels ... On y donnait des pièces, combats d'ours, de maitres d'armes .
Shakespeare
était placé au même niveau que ces derniers.

Tous les théatres construits ensuite à cette époque imiteront le Théatre. Là vont être données les pièces de Shakespeare. En effet, en 1594, il est engagé au Theatre dans la troupe de Burbage, appelée alors la troupe de Lord Chamberlain, en tant qu'acteur et dramaturge. Il y reste jusqu'en 1598, année du transfert de la troupe au Théâtre du
Globe
, écrivant la plupart des premiers rôles pour Richard Burbage,

Ce fut vers 1590 que d’autres théâtres furent construits, au sud de la Tamise, toujours hors de l’enceinte de la Cité . Le premier théatre construit à Southwark fut The Rose (ouvert en 1587)

Reconstruction numérique de l'extérieur du Rose Theatre
http://shalt.dmu.ac.uk/locations/rose-1587-1604.html
The Rose -1er théatre construit à Southwark- était de moindres dimensions que ses prédecesseurs en raison surtout de l'augmentation du prix du foncier.

Ses murs étaient le lames de bois et plâtre, ses galeries protégées par des toitures en chaume.

Voisin de deux établissements voués aux combats d'ours et de taureaux, il abritait des activités distinctes mais en quelque sorte apparentées : on a retrouvé un crâne de taureau et autres ossements laissant penser qu'on y organisait aussi des combats d'animaux.
Reconstruction numérique de l'intérieur du Rose Theatre
source: http://shalt.dmu.ac.uk/locations/rose-1587-1604.html#gallery
Le Rose était un polygone à 14 côtés. La scène débordait sur parterre placée de façon à recevoir toute la lumière du soleil de l'après midi ; le parterre était légèrement en pente pour pouvoir fournir un meilleur angle de vision au public.

Il pouvait contenir au départ 1900 spectateurs puis suite à un remaniement 2400 spectateurs en 1592. or le diamètre du bâtiment ne faisait que 22 mètres. C'est dire si le public s'entassait au Rose ! On y était trois fois plus serré que dans une salle de spectacle actuelle, sans compter les odeurs de transpiration , mauvaises haleines, effluves d'alcool etc... les théatres étaient d'ailleurs construits à ciel ouvert pour éviter tous ces miasmes...

En 1595 est construit le Cygne (The Swan).
I-Du théâtre médiéval au théâtre renaissant : le développement d'un théâtre séculier et commercial

A-D'un théâtre religieux à un théâtre séculier

Alors que le théâtre médiéval est un théâtre éminemment religieux, le théâtre de la Renaissance s'émancipe progressivement du joug de l’Église.

En 1558, l'année de son accession, Elisabeth I interdit les pièces religieuses (pour ne pas attiser les controverses et les guerres de religion qui ensanglantent l'Angleterre depuis quelques décennies).
B-L'avènement d'un théâtre commercial

-À la Renaissance, le théâtre devient un commerce, une activité lucrative liée à la professionnalisation des métiers du théâtre (auteurs dramatiques, comédiens).

-Les spectateurs paient pour assister à une représentation théâtrale : un contrat financier s’instaure entre le public et les artistes. Au Moyen-Âge, il n'y avait pas de professionnels du théâtre, les corporations de métiers se chargeant des représentations de A à Z (décors, costumes, mise en scène,...). C'était à qui monterait le plus beau spectacle, créerait la mise en scène la plus somptueuse, pour démontrer ainsi l'aisance de sa guilde.

-À la Renaissance, le théâtre dispose de lieux fixes, réservés à l'activité théâtrale, ce qui permet le développement d'un public, qui vient volontairement au théâtre et qui paie pour cela, par opposition aux spectateurs de passage au Moyen-Âge.
C-Les obstacles au développement d'un tel théâtre

Nombreux sont ceux qui ne voient pas d'un bon œil le développement d'un tel théâtre.

1- les puritains

Qui sont-ils?

Ce sont les laissés pour compte de la Réforme religieuse en Angleterre. En 1534, Henri VIII consomme la rupture avec l'Église catholique de Rome. En 1559, l'Église d'Angleterre ou Église anglicane est officiellement établie. Mais l'anglicanisme n’est autre que le résultat d'un compromis entre la volonté des Réformateurs et les tenants du catholicisme. La hiérarchie de l'Église anglicane, sa liturgie s’avèrent très fortement inspirées de celles de l'Église catholique.

Les mécontents, les déçus de la Réforme en Angleterre, ceux que l'on appelle les dissidents, les non-conformistes, sont donc d’une part les catholiques, d’autre part les jusqu'au-boutistes de la réforme, parmi lesquels les puritains. L’étymologie du mot « puritain », la pureté, renvoie à l’exigence de rigueur morale que ces dissidents affichent.

Leur attitude face au théâtre:
Tout au long du XVIe siècle, les puritains se livrent à des attaques répétées contre l'immoralité du théâtre :

-sa fonction de divertissement est condamnable, car elle encourage l'oisiveté

-le fait que les rôles féminins soient joués par de jeunes garçons peut être source de corruption.

-le théâtre est synonyme d'hypocrisie, de fausseté, de mensonge

Les attaques réitérées des puritains contre le théâtre aboutiront en 1642 à la fermeture des théâtres et à l'interdiction formelle et officielle d'écrire, de publier et de représenter des pièces. L’édifice du Globe est détruit en 1644. Le théâtre entre alors dans une phase de clandestinité qui dure jusqu'en 1660.
Les auteurs dramatiques se font publier en Suisse et les pièces sont jouées dans des demeures privées sous couvert d'un concert ou d'une réunion mondaine.
La scène du Swan (1596) - Il s'agit du seul dessin d'époque qui nous permet de connaitre l'agencement de la scène du théatre élisabethain. Il fut exécuté de mémoire par un voyageur hollandais, Johannes de Witt.
http://www.sourcetext.com/sourcebook/library/barrell/21-40/21swan.htm
Le Swan pouvait accueillir 3000 personnes, était construit en silex et soutenu par des colonnes en bois peintes à l'imitation du marbre


2.L'autorité publique, politique et religieuse

De manière générale, les divertissements populaires comptaient davantage d'opposants que de partisans, et ce dans toute l'Europe.

L'Église :
L’institution religieuse se plaint de la concurrence entre représentations théâtrales et services religieux.

Les autorités de la Cité :
Elles considèrent le théâtre comme une menace envers l'ordre public. En conséquence, les théâtres n'ont pas droit de cité et sont érigés dans les banlieues mal famées de Londres.

Les arguments invoqués contre le théâtre :
-D'une part la sécurité des citoyens est en jeu lors des représentations qui deviennent le repaire idéal de pick-pockets, bandits, prostituées,...
-D'autre part, tout rassemblement populaire fait craindre une manifestation de sédition. D'où l'importance du rôle de la censure. Dans les trente dernières années du règne d’Elisabeth I, les autorités de la cité essayèrent au moins une fois tous les dix ans de rendre le théâtre illégal et de fermer définitivement les lieux de représentation. Elles y parvinrent pour de courtes périodes (par exemple, en cas d'épidémie de peste).

La censure :
À partir de 1589, un comité passe tous les textes dramatiques au crible avant d'autoriser leur publication et leur mise en scène. Ce comité se compose du Master of the Revels ou Maître des Divertissements, du lord-maire de Londres et de l'Archevêque de Canterbury, à qui il appartient de vérifier qu'il n'y a rien de séditieux envers l'Église ou l'État.

En 1606, une loi entre en vigueur : tout blasphème envers le saint nom de Dieu, du Christ ou de la Trinité, dans un texte dramatique et/ou prononcé sur scène, sera sanctionné par une amende. C’est l’une des raisons qui peut expliquer l’existence de deux textes, désignés comme Texte A et Texte B, et datés respectivement de 1604 et 1616, pour Dr Faustus/ Dr Faust de Christopher Marlowe.
-Dans Richard II de Shakespeare (1595), la scène de la déposition (acte 4) est censurée. Jamais représentée du vivant d'Elisabeth I, elle n'est publiée qu'en 1608, cinq ans après sa mort, dans le 4e quarto de la pièce.

Le Theatre « The Fortune »
source :http://www.elizabethan-era.org.uk/fortune-elizabethan theatre.htm

Théâtre de la Fortune (1599)
Il fut construit au nord de la Tamise en dehors des murs de la cité par Phiip Henslowe (?-1 616), le grand entrepreneur de spectacles à qui nous devons un précieux répertoire des pièces jouées dans ses théâtres ;

Grâce à un contrat de construction, ce théâtre est, de tous les théâtres élisabéthains, celui dont on connaît le mieux l'édification et la structure.

Alors que les théâtres de l'époque sont majoritairement cylindriques (The Theatre, Curtain Theatre, Théâtre du Globe, etc.), les autres étant de forme rectangulaire, celui-ci est presque le seul de forme carrée. Reprenant peut-être la forme carrée du terrain sur lequel il est implanté, chaque côté du bâtiment mesure extérieurement 24,40 m et intérieurement 16,75 m, la différence provenant en partie de larges galeries, destinées à accueillir les spectateurs. Avec ses trois étages, il a une capacité comparable sinon supérieure à celle du Théâtre du Globe. Sa forme peut être une réminicence de ces cours d'auberges où est né le thétre élisabethain.

La structure originelle est en bois et les fondations en briques. Les trois étages mesurent, du plus bas au plus élevé, 12, 11 et 9 pieds de hauteur, les deux étages supérieurs faisant saillie d'un quart de mètre du côté de la scène. Les galeries sont larges de 3,80 m et disposent de sièges, tout comme les loges des gentilshommes et les loges à bon marché. Tout l'intérieur est latté et plâtré, et les loges possèdent un plafond. Les galeries et la scène sont couvertes de tuiles, et sont lambrissées et parquetées de chêne.

Ce théâtre, est alors le plus vaste du pays, et il s'ouvre en novembre 1600 est détruit en 1621 par un incendie et reconstruit en briques en 1623 (1er theatre construit en briques!)-Il est définitvement détruit en 1661
The Fortune by Walter C. Hodges (Courtesy of the Folger Shakespeare Library) 1600-42
source :http://shalt.dmu.ac.uk/locations/fortune-1600-42.html
La popularité grandissante des spectacles londoniens, qui se produisent dans de grandes auberges de la City, provoque une augmentation des troubles à l'ordre public. Les propriétaires de ces auberges servent à boire avant, pendant et après le spectacle, générant rixes, inconduites et débauches dans les chambres de ces auberges.

Le 6 décembre 1574 le conseil de la cité, dans un arrêt, constate ces troubles :




Le maire de Londres, James Hawes:


« En raison du nombre incroyable de gens, particulièrement de jeunes, venant assister aux pièces, aux interludes et aux spectacles, nous avons constaté jusqu'à présent des troubles et des désordres graves ; à savoir, des rixes et des querelles, des pratiques néfastes d'intempérance dans les grandes auberges qui possèdent des chambres et des endroits secrets attenant au parterre et aux balcons, des dévoiements de servantes, spécialement des orphelines, et d'enfants mineurs de bons citoyens, exposés à des contacts intimes et indécents, la tenue de discours et d'actes impudiques, inconvenants et éhontés ; soustrayant les sujets de sa majesté aux services divins du dimanche et des jours fériés (dates où se déroulent précisément ces spectacles), des gaspillages inconsidérés d'argent de personnes pauvres et naïves, de nombreux vols par des pickpockets ou des coupeurs de bourse... »
Pourquoi cet amour pour la forme circulaire dans la conception élisabéthaine des lieux de représentation ?

Ecoutons Gisèle Venet, professeur émérite à la Sorbonne (Paris III) qui est spécialiste du théâtre de Shakespeare :
B-Les autres enceintes de spectacle

Il y avait aussi des enceintes qui servaient à des spectacles populaires autres que du théâtre. Ainsi on donnait des duels au sabre ou à l’épée, des combats de taureaux et d’ours contre des chiens. L’ours était attaché à un poteau .
source :http://www.elizabethan-era.org.uk/elizabethan-bear-bull-baiting.htm
source :http://www.elizabethan-era.org.uk/elizabethan-bear-bull-baiting.htm
source :http://www.elizabethan-era.org.uk/elizabethan-bear-bull-baiting.htm
Combat de Coqs
Combat de taureau
Combat d'ours
Source : http://mapco.net/agas/agas41.htm
Extrait d'une carte de Londres (1560)
Extrait d'une carte de Londres (1560)
Source :http://mapco.net/agas/agas42.htm
Le Théâtre du Globe
Le Globe fut construit en 1599 sur Bankside, la rive sud de la Tamise, hors de la juridiction de la municipalité de Londres.

Son histoire est rocambolesque. A la fin du XVIe siècle, la troupe des Chamberlain’s Men, à laquelle appartient Shakespeare, joue au Theatre, l’amphithéâtre construit au nord de Londres par James Burbage en 1576.

A la mort de ce dernier en 1597, ses fils Cuthbert et Richard, acculés financièrement et en conflit avec le propriétaire du terrain, démontent le Theatre : 3 jours après Noël 1598 , sous la neige, les deux frères accompagné de 12 ouvriers et de leur architecte et charpentier arrivèrent devant le Theatre et utilisent, en partie, ses matériaux pour construire en 1599 le Globe.
(
source:
Shakespeare, Peter Ackroyd, Points,2006, p.498)
Voici le prologue du film Henry V qui débute en 1600 dans le théâtre du Globe où le public se rend pour assister à une représentation de la pièce de Shakespeare .


Source : Henry V de Laurence Olivier, 1944 (sorti en France en 1947)

Voici un extrait d'Anonymous dans lequel se déroule dans une enceinte un combat d'ours auquel assiste Shakespeare et Ben Jonson.

Source: Anonymous de Roland Emmerich,2012
Afin de s’attacher la fidélité de la troupe des Chamberlain’s Men, Richard et Cuthbert demandent à certains acteurs-actionnaires de participer aux frais de construction.

Les Burbage investissent 55 % des 700 livres nécessaires, les 45 % restants l’étant entre autres par William Shakespeare et William Kempe.
Shakespeare eut le privilège de possèder 1/10e du théatre dans lequel il jouait et pour lequel il écrivait.

Ces acteurs-actionnaires contrôlent leur lieu de représentation et surtout encaissent une part de la moitié des galeries traditionnellement réservée aux propriétaires. Un investissement personnel visant à leur enrichissement et à la constitution d’un patrimoine.
Le Globe avait la réputation d'être le plus splendide théâtre de Londres. On peut dire que son nom en faisait "
Le théâtre du monde
".

En fait le Globe était un polygone à 14 côtés. La charpente était en bois. la toiture était en chaume. Le théâtre aurait eu une enseigne facilement identifiable située au-dessus de la scène: un Hercule soutenant le globe terrestre sur ses épaules ou peut être au-dessus de l'entrée principale.
Le Globe aurait également arboré une devise :

"Totus mundus agit histrionem" (Le monde entier est un théâtre)

L'intérieur était très coloré. Le bois était peint à l'imitation du marbre. Les dorures abondaient. C'était donc une impression de luxe qui se dégageait du bâtiment qui pouvait accueillir 3000 spectateurs !
Voici la description du Globe par Thomas Platter (1574-1628) , un voyageur suisse qui a assisté à une représentation :

« Les acteurs jouent sur une scène surélevée et tous ceux qui sont venus pour voir ne perdent absolument rien du spectacle. Et pourtant il y a des galeries et des emplacements divers, où les sièges sont plus confortables, plus plaisants... c’est la raison pour laquelle ils coûtent plus cher. Le spectateur qui reste debout, en bas, ne débourse qu’un seul pfennig ou penny d’Angleterre. Mais celui qui veut une place assise, on le fait entrer par une autre porte où il paie encore un denier [1 penny] supplémentaire.»

« Notre homme désirerait-il maintenant, assis sur des coussins, jouir de l’endroit le plus confortable, d’où l’on peut voir à la perfection ce qui se passe sur scène et aussi être regardé, être vu, ce qui n’est pas non plus à négliger; en ce cas, il se doit de passerpar une troisième porte, et il verse pour la circonstance un penny de plus. Pendant que se joue la comédie, on fait circuler dans l’auditoire boissons et nourritures: ceux qui le souhaitent peuvent aussi en avoir pour leur argent et refaire leurs forces. »


Source
: L'Histoire, n°384, février 2013, p.57
Le premier Globe disparaît en juin 1613, lors d’un incendie causé par les effets pyrotechniques utilisés au cours de la représentation d’Henri VIII de Shakespeare.


Un nouvel amphithéâtre, toujours nommé le Globe, est reconstruit au même endroit selon un plan légèrement différent.

Il ne sera définitivement fermé qu’en 1642 et détruit en 1644 au temps des guerres civiles, à la demande des puritains.


En 1996, le Shakespeare’s Globe, un bâtiment qui se veut « à l’identique » du premier Globe, a été édifié sur Bankside, à quelques centaines de mètres de l’emplacement du théâtre de 1599.

Les architectes ont eu recours à la documentation du début du XVIIe siècle et les travaux ont été menés avec les techniques de construction de l’époque.

Le projet a été financé par la fondation américaine de l’acteur Sam Wanamaker. Chaque année, de mai à octobre, des pièces de Shakespeare y sont jouées dans les mêmes conditions que celles du XVIIe siècle. Les spectateurs prennent place dans les galeries ou dans la cour. On y joue de jour, sans éclairage artificiel, avec des instruments de musique de l’époque moderne.
Hypothétique reconstruction du Globe par C. Walter Hodges basée sur des preuves archéologiques et documentaires (1958)


Source :http://luna.folger.edu/luna/servlet/detail/FOLGERCM1~6~6~40370~102858:The-Globe-Playhouse,-1599-1613--A-c?sort=Call_Number%2CAuthor%2CCD_Title
source :André DEGAINE, « Histoire dessinée du théatre », Nizet, 1992, p.112
A- Avant-scène : pour les duels et batailles, scènes champêtres, monologues …

B-Arrière-scène : pour les adultères, trépas. Polonius y espionne Hamlet. C'est là le tombeau de Juliette.

C-Le balcon (sous l'auvent) qui figure aussi bien le rempart d'un château-fort que le balcon de Juliette

D-La scène proprement dite, au-delà des piliers.
La scène du théâtre élisabéthain :
Le deuxième Globe
Vue aerienne du Globe
La scène du Globe
Vue d'ensemble -14 juillet 2009-Pièce jouée : Troilus et Cressida de Shakespeare
E-Un espace scénique exploité dans toutes ses dimensions 
A-Typologie
La scène adossée à un mur lance son proscenium, avant-scène ou apron stage (scène en éperon) jusqu'au milieu du parterre.
Profondeur du plateau qui permet à l’action de se dérouler sur plusieurs plans. L’avant-scène est appelée scène en tablier, ou en éperon. Une tapisserie (ou « arras ») peut être utilisée pour diviser la scène en deux aires de jeu (comme, par exemple, dans la scène du meurtre de Polonius, dans Hamlet).
Si l’avant-scène n’est pas couverte, la scène, en revanche, l’est. Ce toit, qui dissimule la machinerie, porte le nom de « heavens » (les cieux).
Dans Dr Faustus / Dr Faust de Marlowe, plusieurs niveaux scéniques permettent de représenter la terre, le ciel d'où vient l'ange, l'enfer d'où vient Mephisto
.

Verticalité : la galerie qui surplombe la scène peut accueillir, des spectateurs de qualité, des musiciens, ou si l’action dramatique le requiert, des comédiens (comme pour la scène du balcon dans Roméo et Juliette).
L’espace situé au-dessous de la scène, accessible par une trappe, peut également être utilisé. Ainsi, une indication scénique précise que le fantôme du père d'Hamlet "crie de dessous", et dans la même pièce, les fossoyeurs creusent une tombe sur scène et trouvent un crâne.
Le Hope
THE HOPE
The Hope (L’Espoir) fut construit tardivement, en 1613 près du Globe. C'était à la fois un théatre et une arène : des combats d'ours et de chiens avaient lieu le mardi et le jeudi et on jouait des pièces de théâtre tous les deux jours, sauf le dimanche.
source :http://shalt.dmu.ac.uk/locations/hope-1614-42.html
D-Les théâtres privés
Il y eut aussi des théâtres couverts, dits privés, et notamment le célèbre Black Friars, installé dès 1576 dans un ancien monastère de dominicains que la troupe de Shakespeare utilisera après 1608. Il se trouvait dans un lieu de bonne réputation, un quartier aisé.

Les représentations se donnaient le soir en toute saison. On pouvait donc jouer à la lumière artificielle des flambeaux et des torches et dresser des décors plus soignés, ce qui apporta des changements importants dans la présentation et la composition des pièces. Ce théâtre pouvait accueillir 700 spectateurs ce qui lui donnait un aspect plus "intime".

Il y avait donc à Londres un théâtre d' intérieur en même temps que des théâtres de plein air et fait inédit la troupe de Shakespeare disposait d'un théâtre d'intérieur pour l'hiver et un d'extérieur (Le Globe) pour l'été ! Un luxe !

Source :http://shalt.dmu.ac.uk/locations/first-blackfriars-1576-84.html#gallery
The Blackfriars
Une représentation de "The Tempest" de Shakespeare au Blackfriars imaginée par Walter C. Hodges
IV-Les compagnies
A-Les amateurs
Avant que les troupes professionnelles aient reçu leur statut, les spectacles étaient montés par des amateurs ou des semi-amateurs.
Au cours du XVIe siècle, et déjà sous Henri VIII, les jeunes choristes de la Chapelle royale (The Children of the Chapel) et ceux de la cathédrale Saint-Paul (The Children of St. Paul’s) étaient organisés en troupes homogènes, sous la direction de maîtres de chapelle qui développaient leurs talents musicaux et les entraînaient à jouer la comédie.
B-Les professionnels
Les comédiens professionnels furent longtemps tenus pour des rogues and vagabonds (« vauriens et vagabonds »). Ils ne sortirent de leur condition que lorsque Élisabeth, en
1572,
obligea par une loi les comédiens à appartenir à la maison de quelque grand seigneur, sous peine d’être poursuivis pour vagabondage.

Ils se placèrent alors sous la protection d’un noble et obtinrent une «licence» qui leur donnait un statut juridique. Ils cessèrent d’être des gens sans foi ni loi, chassés d’une ville à l’autre. C’est ainsi que se formèrent et prospérèrent les compagnies, attachées à un patron dont les comédiens étaient les « serviteurs ».
C-Deux troupes concurrentes :

1-Les Lord Chamberlain's Men
Au début les relations entre la cour royale et les troupes sont réduites. Ce sont des grands seigneurs qui vont d'abord patronner ces troupes.

Le comte de Leicester (1532 env.-1588), favori de la reine, eut la sienne en 1576. James Burbage était du nombre. Elle joua au Theatre jusqu’en 1583, date à laquelle la Compagnie de la reine, récemment créée avec les meilleurs acteurs prit sa place. Burbage en fit aussi partie.

À la mort de Leicester, sa compagnie passa sous la protection de Lord Strange, comte de Derby (1559-1594) , puis de lord Hunsdon, alors grand chambellan.

C’est la troupe qui s’installa au Globe en 1599, dont Shakespeare fut un des principaux sociétaires. En 1603, elle devint la troupe de Jacques Jer, et ses acteurs furent, jusqu'à la fermeture des théâtres (1642), appelés « serviteurs du roi ».

Ce fut la troupe la plus importante de l'époque.
2-La troupe de l'Amiral
Une longue rivalité opposa cette compagnie à celle de lord Howard of Effingham, le lord-amiral, connue sous le nom de
troupe de l’Amiral.
Elle jouait dans les théâtres de Henslowe (mort en 1616) et comprenait aussi de grands acteurs, tel le tragédien Alleyn dont la belle voix fit triompher le Tamerlan de Marlowe.

Le départ d'Alleyn (1603 ) accéléra le déclin de cette troupe.


D-Le fonctionnement d'une compagnie

A Londres, trois à quatre troupes ont acquis la permission de jouer en même temps. Au total, une dizaine de troupes se sont produites à Londres durant le dernier quart du XVIe siècle. En leur sein, tous les acteurs n’ont pas le même statut. Les acteurs-actionnaires (six à douze selon les troupes), comme Shakespeare, en constituent l’épine dorsale.

Ce statut n’est pas lié au talent ou à l’ancienneté, mais découle d’un investissement financier; les acteurs-actionnaires fournissent tout ce qui est indispensable à l’activité théâtrale (argent, costumes, textes ou accessoires) et partagent, au prorata de leur mise. les coûts, les bénéfices et les pertes de la troupe.

Ce sont eux aussi qui gèrent collectivement La troupe, décident de la programmation et du calendrier. Les autres membres sont des employés. salariés par la troupe ou par l’un des acteurs- actionnaires. S’ajoutent quelques adolescents qui eux, ont un statut d’apprenti. Attachés à un maitre acteur-actionnaire, ils ne sont pas rémunérés, mais entretenus et formés sur le modèle de ce qui se fait dans les corporations de métiers londoniennes.

E-Les vedettes de la scène élisabethaine
-Richard Burbage (1568-1619)


-William Kempe (?-1603)

-Richard Tarlton (?-1588)

-Edward "Ned" Alleyn (1566-1626)
source : http://www.dulwichpicturegallery.org.uk/explore-the-collection/351-400/richard-burbage/
Fils de James Burbage, lui-même acteur à l’origine de la construction d’un des premiers amphithéâtres londoniens, le Theatre, Richard Burbage est l’un des acteurs-actionnaires vedettes
des
Chamberlain’s Men
, la troupe de Shakespeare.

Il excelle surtout dans les tragédies et a créé les personnages d’Othello, d’Hamlet ou du roi Lear. Avec son frère, il est à l’initiative de la construction du Globe. On estime à sa mort sa fortune à 300 livres au moins.

(=65 ans de salaire d'un tisserand qualifié Londonien...)
Richard Burbage (1568-1619)
Dans cet extrait de "Shakespeare in love" (
John Madden, 1998
) sont présentes ou mentionnées les "vedettes" de la scène élisabethaine ....
Martin Clunes, "Richard Burbage" dans Shakespeare in love.
William Kempe (?-1603)
William Kempe est l’un des acteurs les plus appreciés du temps. Il s’est spécialise dans les rôles de clowns, ces personnages comiques qui semblent rustauds, mais font montre d’un bon sens populaire. Il incarne, entre autres, Bottom dans Le Songe d’une nuit d’été ou
Dogberry dans Beaucoup de bruit pour rien.
Mais Kempe doit surtout son statut de vedette à ses talents de musicien et de danseur de gigues qui clôturaient la plupart des représentations théâtrales londoniennes.


source :http://www.hotflick.net/pictures/998/fhd998SIL_Patrick_Barlow_001.html
Patrick Barlow, "William Kempe" dans Shakespeare in love.
William Kempe danse (1600)
Edward Alleyn (1566-1626)
Ben Affleck, "Ned Alleyn" dans Shakespeare in love.
Edward Alleyn entre en 1583 dans la troupe du comte de Worcester avant d’intégrer celle des Lord Admiral’s Men dont il est acteur- actionnaire. Alleyn incarne les grands rôles des pièces de Marlowe comme Tamerlan, Faust ou encore Barabas. Ben Jonson le considère comme le plus grand comédien de son temps. En 1597, il se retire en pleine gloire pour gérer ses nombreuses autres affaires, et cultiver ses relations avec la Cour. Sa fortune est estimée à plusieurs milliers de livres.
V-Les auteurs
A-Leurs influences
B-L'originalité de cette scène
Grâce à son ampleur et à la présence de coulisses, cette scène favorisa un jeu mobile inconnu auparavant. On sait que la présence constante des acteurs sur la scène médiévale réduisait considérablement les possibilités de déplacements et donc d’action, même si, par ailleurs, les mystères du Moyen Age récusaient les limitations spatio-temporelles.

Shakespeare reprend à cet égard l’héritage des mystères déroulant notamment sur scène un espace pluridimensionnel (ciel, terre, enfer), mais il tire aussi un habile parti des ressources dynamiques.. de la nouvelle scène élisabéthaine, n’hésitant pas à représenter une pluralité d’actions, mais aussi des mouvements de foule et des déplacements : bals, banquets ou chevauchées en forêt ou dans la lande.
Ce type de théâtre, qui peut accueillir environ deux mille spectateurs, et qui permet d’utiliser l’espace aussi bien. en largeur qu’en profondeur ou en hauteur, est parfaitement adapté aux pièces de l’époque qui prenaient les plus grandes libertés avec le temps et l’espace. La tradition veut que des pancartes aient désigné les lieux de l’action.


Mais le texte lui-même et quelques accessoires symboliques (arbre, trône, table et chaises, tombeau, etc.) étaient en général suffisamment explicites, et l’imagination des spectateurs faisait le reste:

Cette estrade peut-elle contenir
les vastes champs de France ?
Et pouvons-nous empiler
A l’intérieur de cet O de bois
Les casques mêmes
qui remplissent de frayeur l’air d’Azincourt ? (...)
Suppléez à nos imperfections par vos pensées.
(Shakespeare, Prologue d’Henry V)
Ce dispositif original, qui favorise un contact étroit entre les acteurs et le public et offre des aires de jeu multiples, a dicté certains traits majeurs de la dramaturgie élisabéthaine, le langage dramatique, le rythme de l’action, l’utilisation emblématique des objets scéniques et de la musique.

Si la parole et le geste pallient l’absence de décor sur la scène élisabéthaine, costumes et objets scéniques sont également porteurs d’information. Ils ont la fonction, descriptive ou narrative, d’évoquer un lieu ou de caractériser un personnage.

— Les costumes,
fastueux à l’époque élisabéthaine, font dupersonnage un véritable décor mouvant, tout en renseignant sur sa condition ou sur son état d’âme. Le manteau noir d’Hamlet, qui contraste avec la somptuosité des vêtements de la cour, chatoyants, signale d’emblée l’importance de sa réaction de deuil. Le manteau de Prospero attire immédiatement l’attention sur son pouvoir de magicien, que le dialogue explicite ensuite, lorsque, l’enlevant, il le tend à sa fille, en disant:

Prends-moi mon vêtement magique.
Allons, c’est fait. Adieu, mon art.

— Les objets scéniques:
comme dans le théâtre grec, il n’est pas d’accessoire (propertie, en anglais) inutile dans le théâtre de Shakespeare. L’objet n’a pas d’existence indépendamment du personnage dont il est le prolongement: la forêt qui marche, dans Macbeth, où chaque soldat avance, caché par l’arbre, est le cas de
figure le plus remarquable.

Desdémone porte toujours sur son sein le mouchoir, offert par Othello, qu’elle perdra pour son malheur.

L’objet suffit, dans l’univers shakespearien, pour créer un lieu.
L'objet emblème
Source : Histoire du théâtre dessinée, André Degaine, Nizet,1992,p. 112-113
" Des historiens pensent que l’on utilisait des panonceaux pour indiquer au public la nature d’un décor[...] Il suffisait que l’acteur annonce le lieu où il se trouvait. Bien entendu, la nature des costumes déterminait aussi le lieu de la fiction. Le vêtement vert du forestier signifiait « un bois », un trousseau de clefs «une prison ». Le costume était un élément primordial.

Dans une culture visuelle, c’était le signe de reconnaissance de tous les échelons de la société et de toutes les catégories de métiers[...]

Il existait des costumes conventionnels pour le Juif et l’Italien, le médecin et le marchand. Un vêtement de toile désignait le marin, une veste bleue le serviteur. Les vierges portaient du blanc, les médecins des robes écarlates.
Parfois, les garçons ou jeunes hommes qui interprétaient un personnage féminin arboraient un masque, moyen ouvertement théâtral pour l’acteur de cacher son identité sexuelle. Dans ce sens, le théâtre élisabéthain se rapproche des théâtres grec et japonais[...]

On utilisait quelques accessoires, le plus souvent des lits, des tables , des chaises. Dans les textes dits par les acteurs, des allusions aux "arbres" pouvaient en fait renvoyer aux deux piliers qui soutenaient le dais. Un échafaudage pouvait devenir un monument ou une chaire [...]

On a néammoins calculé que, dans les pièces de Shakespeare, 80 % des scènes pouvaient se passer d'accessoires."

Source: Peter Ackroyd, Shakespeare la biographie, Points, 2008, p.502-504
François-Xavier BERTHIER
Lycée Tocqueville, Cherbourg-Octeville / 2015
La tragédie :Sénèque et Machiavel

La tragédie élisabethaine est très fortement marquée par l'influence de Sénèque (1er siècle ap.J.C) dont les pièces ont été traduites en anglais dans la seconde moitié du XVIe siècle. On y voit la déesse Fortune actionner la roue et jeter à bas les princes qui se trouvaient au sommet.

Les accessoires de l'action tragique chez Sénèque: un choeur, des fantômes réclamant vengeance, des meurtres, des ruisseaux de sang, confrontation finale avec la mort

Le modèle sénèquien va se greffer sur des sujets modernes tirés des annales de l'Angleterre.

Première tragédie anglaise digne de ce nom batie sur ce modèle : Gorboduc (1561) de Thomas Norton (1532-1584)et Thomas Sackville (1536-1608).
B-Les "university wits"
("Les beaux esprits des facultés")
On désigne sous ce terme un groupe d’écrivains, dramaturges, conteurs et pamphlétaires, issus des universités, qui mirent leur culture au service de l’art populaire du théâtre au lieu de se faire prêtres ou professeurs.

Ces intellectuels, ardemment désireux d’accroître le prestige de la poésie et de propager leurs idées, furent les protagonistes d’un théâtre d’avant-garde et donnèrent en quelque sorte au théâtre populaire ses lettres de noblesse. Leur période de production (1580 env.-l 595 env.) est une féconde période de germination qui annonce les grandes oeuvres à venir.
Noms à retenir : Thomas KYD, John LILY et ...
Christopher MARLOWE
Richard Tarlton (?-1588)
Richard Tarlton, le clown le plus populaire des années 1570 et 1580, possède, à sa mort en 1588, pour plus de 700 livres de terres — l’équivalent de 150 années de salaires d’un tisserand qualifié londonien — mais aussi une taverne et une école d’escrime. Tarlton tisse des liens dans différentes sphères de pouvoir: citoyen de Londres et membre de la corporation des marchands de vin, il occupe un office civique et cultive des relations avec la Cour. La scène n’est qu’une des carrières qu’il mène en parallèle.

Il fit partie de la troupe des Comédiens de La Reine à sa création en 1583.

On a souvent écrit que lorsque Hamlet évoque Yorick, c'est à Tarlton que Shakespeare pensait...
Source :http://en.wikipedia.org/wiki/Richard_Tarlton#mediaviewer/File:Richard_Tarleton.jpg
Statue de Sénèque à Cordoue
source :http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9n%C3%A8que#mediaviewer/File:S%C3%A9n%C3%A8que_-_Cordoue.JPG
Un des plus brillants esprits : Christopher Marlowe (1564-1593)
Né la même année que Shakespeare, diplômé de Cambridge, agent secret, Marlowe se signala par le brillant succès de sa première tragédie,
Tamerlan le Grand

(1587-1588). Il illustra le mythe de Faust dans
La tragique histoire du docteur Faust
(
1588).

Aussi talentueux que querelleur, il meurt lors d'une dernière rixe d'un fatal coup de poignard dans l'oeil à l'âge de 29 ans ... Sa mort laissera le champ libre à un certain William Shakespeare qui s'inspira de ses oeuvres...

Ses oeuvres principales outre celles précédemment citées :
-
Le Juif de Malte (1592)
-Le Massacre à Paris (1593)
Portrait supposé de Marlowe





Source :http://factoidz.com/images/user/42777.jpg
Francois-Xavier.Berthier@ac-caen.fr
-Le règne d’Élisabeth correspond à une époque florissante de l’Angleterre. C’est le début des grandes conquêtes, amorcées par la destruction de
l’Invincible Armada
espagnole en 1588.

-Élisabeth ramène la paix religieuse dans une Angleterre déchirée entre le catholicisme et le protestantisme, elle restaure les finances de l’État, favorise le commerce maritime, protège les arts et les lettres.

-Les aventuriers anglais parcourent les mers à la solde de leur souveraine, en Inde, et au Nouveau Monde. Sir Walter Raleigh baptise la Virginie en honneur de la « Reine Vierge ».

-L' arrivée au pouvoir d’Élisabeth amène des troupes établies qui sont protégées par des nobles et un public. C’est sous le règne d’Élisabeth que les premiers lieux dédiés au théâtre sont construits, pour la plupart à Londres.

Dans quel contexte s'est développé ce théâtre ?



Quels furent les conditions du développement de ce théâtre et les artisans de sa postérité ?
PLAN
I-Du théâtre médiéval au théâtre renaissant : le développement d'un théâtre séculier et commercial

A-D'un théâtre religieux à un théâtre séculier

B-L'avènement d'un théâtre commercial

C-Les obstacles au développement d'un tel théâtre 
1- les puritains
2.L'autorité publique, politique et religieuse

II-Le lieu théâtral Elisabethain

A-Des "pageants" aux cours d'auberges
-L'auberge du Bull
-L'auberge Bell Savage
-l'archétype d'une cour d'auberge vers 1585

B-Les autres enceintes
-Bear Baiting
-Bull Baiting
-Combats de coq

C-Les premiers théâtres publics

-The Theatre
-The Curtain
-The Rose
-The Fortune
-The Globe
-The Hope

D-Les théâtres privés
-The Blackfriars

E-Un espace scénique exploité dans toutes ses dimensions 
A-Typologie
B-L'originalité de cette scène

III-Un entrepreneur : Philip Henlowe

IV-Les compagnies
A-Les amateurs
B-Les professionnels
C-Deux troupes concurrentes :
1-Les Lord Chamberlain's Men
2-La troupe de l'Amiral

D-Le fonctionnement d'une compagnie

E-Les vedettes de la scène élisabethaine
-Richard Burbage (1568-1619)
-William Kempe (?-1603)
-Richard Tarlton (?-1588)
-Edward "Ned" Alleyn (1566-1626)

V-Les auteurs
A-Leurs influences

B-Les university wits

C-William Shakespeare

-->BIBLIOGRAPHIE

-Il domine par son génie non seulement le théâtre élisabethain mais le théâtre de tous les temps.

-Il est l'auteur le plus lu et le plus joué dans le monde !

-On a pu grâce aux recherches retracer le profil social de sa famille et son parcours personnel mais il subsiste des zones d'ombre lorsqu'il s'agit de reconstituer le vie d'un individu qui a vécu au tournant des XVI et XVIIe siècles.

-Ces incertitudes ont fait prospérer l'idée que Shakespeare n'aurait pas été l'auteur des pièces que la postérité lui attibue... (70 noms de "vrais Shakespeare" depuis le 19e siècle !)

-C'est la thèse défendue dans le film ANONYMOUS de Roland Emmerich sorti en 2011, et plus globalement celle de ceux que l'on appelle les "Doubters".
C-William Shakespeare (1564-1616): un auteur universel .
--> Il est l'auteur de :

-14 comédies: ex: Beaucoup de bruit pour rien
-11 tragédies: ex: Macbeth, Hamlet
-10 pièces historiques :ex: Henri VI



Charles 1er D'Angleterre (1600-1649 ) par Antoine Van Dick (années 1630)
Jacques VI d'Ecosse et Ier d'Angleterre (1566-1625) vers 1603-1609, par Nicholas Hilliard.
Source :http://www.elizabethan-era.org.uk/bull-inn.htm
Source :http://www.elizabethan-era.org.uk/bell-savage-inn.htm
BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE
-ACKROYD Peter," Shakespeare", Points,2008

-ADAMS JOSEPH QUINCY : "Shakespearean playhouses, a history of english theatres from the beginnings to the restoration" ,1917,réed.1960, Cornell University
(disponible gratuitement sur : http://www.gutenberg.org/files/22397/22397-h/22397-h.htm#innyard)

-FLUCHERE Henri, Article "Theâtre élisabethain" dans Encyclopoedia Universalis

-HUBERT Marie-Claude, "Histoire de la scène occidentale", Armand Colin,2011

-L'HISTOIRE, Dossier spécial," Shakespeare le génie de l'Angleterre", N°384, février 2013

-SALLE Bernard, "Histoire du theâtre", Librairie Theâtrale,1990,

Le théâtre élisabéthain est né dans des cours d’auberge, où se produisent des troupes ambulantes, car elles y trouvent tant un dispositif propice, qu’un public en mal de divertissement.


La cour, à ciel ouvert, est entourée de galeries à étages. Les comédiens adossent leurs tréteaux à l’un des côtés de la galerie. Les spectateurs aisés s’installent dans les galeries couvertes, tandis que les moins fortunés assistent au spectacle debout, se plaçant tout autour de la scène.


Le théâtre élisabéthain est un théâtre ouvert qui se joue à la lumière du jour.


L’auberge du Bull dans Bishopgate Street et du Bel Savage de Ludgate Hill étaient parmi les plus notoires pour les pièces qu’on y jouait.
source  :http://sketchup.google.com/3dwarehouse/details?mid=8aadd9e16b440e1de6abebbc3abab4cb

Pageant wagon
Au XVIe siècle, les troupes itinérantes installent leur « pageants » dans les cours d'auberge.

Elles négocient avec le propriétaire le partage des bénéfices.Ainsi certaines auberges se spécialisent dans l'organisation de spectacles de théâtre .

La cour est le plus souvent rectangulaire et l’on adosse un tréteau à l’une des façades.

Cette cour intérieure est entourée de galeries qui accueuillent les spectateurs aisés tandis que le public plus pauvre se tient quant à lui au pied de l’estrade.

Dans le dernier tiers du XVIe siècle, on construit des théatres « à ciel ouvert » sur le modèle de ces cours d'auberge.
Représentation dans une cour d'auberge au XVIe siècle
Gravure du XVIe siècle. Source : http://www.maryevans.com/search.php (picture n°10023474)

Le théatre élisabéthain s'est d'abord joué sur des tréteaux. Des écriteaux figurent le décor. Le public se répartit inégalement, les plus riches en hauteur, les autres en bas où chacun pouvait apporter sa chaise.
III-Un entrepreneur :Philip Henslowe (vers 1550-1616)

-C'était un homme d'affaires dont la principale activité était l'achat et la gestion de maisons à Southwark. Il possédait de nombreuses auberges et maisons de prostitution...

-Le principal intérêt porté à Henslowe aujourd'hui vient de sa relation avec le milieu théâtral élisabéthain, plus particulièrement de ses biens théâtraux à Southwark et ailleurs.

-Le 15 octobre 1592, sa belle fille, Joan Woodward, se marie avec le meilleur acteur de son temps,
Edward Alleyn
, et ses relations personnelles et professionnelles avec ce dernier deviennent dès lors très proches.

Il est le constructeur des théâtres du:


-
Rose
(1587- avec Cholmley)
-
Fortune
(1600- avec Ned Alleyn)
-
Hope
(1613-avec Jacob Mead)

-Il avait aussi des parts dans le
Swan



-Son livre de comptes, qui nous est parvenu, montre qu'il achetait directement aux auteurs leurs pièces, qu'il louait ensuite à des compagnies théâtrales avec les accessoires nécessaires.
Philip Henslowe (Geoffrey Rush) dans "Shakespeare in love"
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