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Commentaire de français : L'Ecriture ou la vie, Jorge Semprun

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Gwendal Curien

on 2 February 2015

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Transcript of Commentaire de français : L'Ecriture ou la vie, Jorge Semprun

2. La mort de l’homme : le désespoir
Semprun veut exprimer l’humiliation que ressent le malade :
« la détresse immonde », « la honte de son corps en déliquescence » (l.13).
Halbwachs est dépossédé de tout ce qui, physiquement, fait de lui un homme :
il ne peut plus faire un mouvement,
ni se déplacer,
ni communiquer,
Il ne maîtrise plus ses fonctions corporelles
Le texte comprend une grande part d’implicite ; cela peut signifier que l’énergie et le désir de lutter l’abandonnent peu à peu.
3. La mort de l’humanité : la déshumanisation
Halbwachs ne correspond plus à l’idée que l’on se fait d’un homme et de sa dignité.
Pourtant, dans ce passage, c'est celui qui lui a retiré son humanité qui est le plus déshumanisé.
La cruauté dont on croyait l’homme incapable est incarnée dans la plaisanterie macabre du kapo :
« Aujourd’hui, ton professeur s’en va par la cheminée ! »
.
C’est du sadisme verbal. Semprun ne commente pas, car l’horreur de la citation se suffit à elle-même.
Ces paroles sont laissées dans leur langue d’origine pour mieux les faire ressortir et montrer qu’elles sont en marge – à la fois du texte et de l’humanité.
1. La mort du corps : la maladie
La description de la maladie du professeur Maurice Halbwachs est frappante :
La dysenterie est évoquée de façon réaliste, mais sans insister sur l’aspect répugnant et sans donner de détails prosaïques :
« limite des résistances humaines », « Il se vidait lentement de sa substance », « la dysenterie qui l’emporterait dans la puanteur » (l.8-10), « corps en déliquescence » (l.13).
Cette sobriété met en avant la détresse physique de Halbwachs.
1. L’antithèse de la faiblesse et la grandeur d’âme
Le kapo méprise la science et la culture en indiquant que le professeur va mourir.
Semprun rends, l.8, son identité civile au mourant : « le professeur Maurice Halbwachs ».
La scène suivante est articulée autour du « Mais » l.14, qui oppose la grande faiblesse physique du mourant à sa grandeur d’âme inaltérée :
« Détresse », « honte », « déliquescence », « vaincu », « mort »,
en opposition avec « dignité », « inentamée », « immortel », « librement », « souverainement » (l.13-17).
Enfin, par « une flamme d’humanité vaincue mais inentamée », l. 14, Semprun exprime explicitement le message sous-jacent au texte : on peut briser les corps, mais pas les esprits.
2. Le pathétique écarté grâce à l’émotion
Ce passage, étrangement, ne suscite pas de pitié chez le lecteur car,
via
des signes ténus, Semprun emprunt cette scène d’une émotion telle qu’elle prend une dimension solennelle :
« Je lui racontais n'importe quoi » (l.11), « dans une panique soudaine, ignorant » (l.18), « c'est la seule chose qui me vienne à l'esprit » (l.22) ;
Lexique du tâtonnement : Semprun est obligé de faire spontanément le peu qui soit en son pouvoir.
Réactions discrètes, car Halbwachs n’a plus la force de répondre par la parole : « légère pression des doigts » (l.6), « son regard devient moins flou, semble s’étonner » (l.24), « il sourit » (l.28).
Malgré leur apparente fragilité et grâce à l’émotion que les réactions de Maurice Halbwachs confèrent, nous nous rendons compte de sa grandeur spirituelle : ce n’est pas de la pitié que l’on ressent à son égard, mais du respect.
3. Le triomphe de la raison et de la spiritualité
Semprun utilise un vocabulaire très rationnel pour décrire la pensée du professeur :
« constate l’approche de la mort » (l.15), « qui sait à quoi s’en tenir, qui en a fait le tour » (l.16)
Cela permet de lui restituer sa raison et ses facultés intellectuelles – car l’homme est le seul être conscient de sa mortalité.
De même pour « qui en mesure les risques et les enjeux » (l.16) :
les risques sont évidents : la douleur et l’humiliation ;
les enjeux sont la résistance et la lutte, jusque dans la mort, contre l’injustice et l’oppression.
« Souverainement » est mis en valeur par l’asyndète formée par le double point, pour signifier que ce mot résume tout propos : Halbwachs s'est libéré de la réalité matérielle du camp.
Il n’est pas ici question de croyances, puisque Semprun est communiste et donc athée. Il veut manifester une présence fraternelle auprès du professeur, pour que celui-ci ne parte pas seul, comme un animal.
Semprun est donc obligé de faire une sorte de rituel improvisé, d’"administrer le dernier sacrement" à Halbwachs.
Il remplace alors la prière par la poésie. C’est un art qui crée un lien entre ceux qui le connaissent ; une culture commune qui permet de transmettre une certaine spiritualité et d’élever l’âme bien que le corps soit détruit, contrastant avec la barbarie du camp de concentration.
Conclusion
Dans ce texte, Semprun traduit la lutte contre la déshumanisation par l’absence de détails prosaïques. Il se contente d’un sobre travail d’oppositions lexicales, sans insister sur l’horreur de la situation, ce qui la met paradoxalement en valeur. Les faits parlant d’eux-mêmes, l’effet produit en est d’autant plus émouvant.
Semprun met en évidence la valeur intrinsèque de la culture, ici alliée à la fraternité : la littérature et la poésie n’ont pas comme simple fonction le divertissement ; en exprimant les valeurs et les vérités de la condition humaine, elles nous aident à affronter les épreuves de la vie, à définir le mal et à y résister.
Ce passage fait office de tombeau – un texte écrit pour une personne décédée. À défaut de pouvoir construire un monument, Semprun rend hommage à Maurice Halbwachs à travers son roman, en montrant que l'homme ne se réduit pas à son corps, à ses fonctions biologiques, mais qu'il se définit essentiellement par sa dimension spirituelle.
En effet, si ici on peut parler de résistance, ce n'est pas au sens physique : la résistance consiste à conserver son humanité que les camps de concentration tentent d’effacer, comme dans L'espèce humaine de Robert Anthelme.
L'Écriture ou la vie,
Jorge Semprun, 1994
Jorge Semprun, déporté à Buchenwald en 1943 alors qu’il avait vingt ans, décide après presque cinquante années de silence de relater son expérience au camp de concentration. Le titre de son roman autobiographique, L’Écriture ou la vie, incarne sa volonté d’exprimer par l’écriture la mort qu’il a vu de si près, pour témoigner de ses souvenirs et s’en libérer.
Dans ce passage, Semprun évoque les derniers instants de Maurice Halbwachs, son ancien professeur de sociologie à la Sorbonne, déporté avec lui.
« Comment Jorge Semprun retranscrit-il à travers ce texte les horreurs des camps de concentration et l’espoir qui y survit ? »
Nous étudierons l’expression des souffrances et des limites présente dans cet extrait, en montrant que la mort y est présente à trois niveaux différents, puis nous montrerons qu’à travers les horreurs apparentes transparaissent des réminiscences de la dignité et de la fraternité, qui finalement triomphent de la déshumanisation.
Introduction
I) L’expérience des souffrances et des limites
II) Les réminiscences de la dignité et de la fraternité
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