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Des régimes contestés

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Eric Michelangeli

on 12 March 2016

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Transcript of Des régimes contestés

Des régimes contestés
La Tunisie n'appartient pas au Moyen-Orient, mais la « révolution de jasmin » a eu des conséquences majeures sur l'évolution de la région par la réaction en chaîne qu'elle a produite.
Fin 2010, le président Zine el-Abidine Ben Ali fait face à des manifestations venues des régions délaissées de l'intérieur du pays qui atteignent rapidement la capitale. En quelques semaines, il est abandonné aussi bien par les corps politiques intérieurs que par ses alliés occidentaux, ce qui l'oblige à fuir pour un exil doré en Arabie saoudite.
Si la révolution verte iranienne de 2009 n'a pas connu de propagation à l'étranger, la révolte tunisienne a fait des émules dans le reste du monde arabe. En Égypte, Hosni Moubarak a davantage résisté que Ben Ali en Tunisie, faisant charger ses sbires contre les manifestants, mais il a, lui aussi, été contraint à la démission. Condamné, en première instance, à la prison à perpétuité, Hosni Moubarak est assigné à résidence dans un hôpital militaire du Caire pour raison de santé depuis l'été 2013.
En revanche, il a fallu une intervention occidentale pour venir à bout du leader libyen Mouammar Kadhafi, car son régime aurait pu se maintenir par la répression.
En Syrie, Bachar el-Assad bénéficie des soutiens russe et iranien et de l'absence d'intervention militaire directe de l'Occident. Certes, la contestation syrienne possède avant tout des causes internes, mais comme toutes les révoltes du Printemps arabe, son devenir est fortement dépendant de la géopolitique régionale et internationale.
Le Yémen est un parfait exemple de cette dépendance puisque la victoire de l'opposition au président Saleh ne fut acquise que grâce à la pression de l'Arabie saoudite et des États-Unis. Au pouvoir depuis 1978, le Président yéménite faisait face à une coalition hétéroclite d'oppositions : houtistes (rassemblant les tribus zaïdites du Nord), partis libéraux, sécessionnistes du Sud, islamistes et différentes tribus. Son entêtement risquait de faire exploser le Yémen à mesure que la guerre civile s'installait dans le pays. Les États-Unis et l'Arabie saoudite poussèrent Abdallah Saleh à démissionner en échange d'un exil doré aux États-Unis.
À Bahreïn, l'Arabie saoudite est allée plus loin puisqu'elle est intervenue militairement pour mater la révolte de la majorité chiite, qui menaçait la monarchie sunnite bahreïnie et ses intérêts géopolitiques.
Enfin, on peut également penser que le Printemps arabe a inspiré les manifestants de la place Taksim à Istanbul au printemps 2013, réprimé par le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre de la Turquie.
À la suite de l'élection à un nouveau mandat présidentiel de Mahmoud Ahmadinejad en juin 2009, l'Iran a connu des manifestations sans précédent depuis la révolution islamique de 1979. Cette « révolution verte » a rapidement été maîtrisée par le régime des mollahs : 150 morts et des milliers d'arrestations sont venus à bout de la contestation dès le mois de juillet 2009. Cependant, le régime a compris que, pour survivre, il devait prendre en compte le message de la rue : laisser respirer une société de plus en plus hostile à la rigueur islamique, relancer une économie asphyxiée par l'embargo occidental, mais aussi par la bureaucratie et la corruption. Il a permis quatre ans plus tard l'élection d'Hassan Rohani, perçu comme un réformateur et un modéré. Depuis juin 2013, il s'efforce de renouer avec l'Occident et de répondre aux aspirations de la population sur les plans économique et politique. Mais il doit tenir compte des limites imposées par le guide de la révolution, l'ayatollah Khamenei, véritable détenteur du pouvoir.
UNE ANALYSE OCCIDENTALE ERRONÉE
La perception occidentale du Printemps arabe fut dans un premier temps erronée. La plupart des médias et des analystes se sont focalisés sur quelques forces modernistes aspirant à plus de démocratie et très actives sur les réseaux sociaux. Mais, d'une part, la masse de la population a des aspirations bien différentes et, d'autre part, les clivages tribaux, ethniques et confessionnels qui structurent les sociétés du Maghreb et du Moyen-Orient ont été négligés. Ainsi, en Tunisie et en Égypte, les élections furent marquées par la victoire de partis islamistes dotés de programmes politiques réactionnaires, aux antipodes des slogans démocratiques entendus dans les manifestations. Les islamistes ont su s'adresser à la jeunesse désespérée par le chômage massif et à tous les laissés-pour-compte de la libéralisation économique et de la déstructuration liée à la mondialisation. En Égypte, en Syrie, au Yémen et au Bahreïn, l'unité d'action des premiers temps a rapidement éclaté du fait de la segmentation de la société, non pas en termes de classes sociales, mais en termes communautaires au sens large.
DES CAUSES PROFONDES
La crise financière de 2007-2008 avait mis le feu aux poudres dans le monde arabe. La réduction des IDE et, surtout, la baisse des transferts financiers des émigrés, notamment en provenance du Golfe, ont provoqué une diminution des revenus et mis en difficulté les classes moyennes et populaires ; celles-ci ont laissé exploser leur mécontentement dans la rue, avec l'assentiment plus ou moins fort des élites économiques, fatiguées de la prédation croissante exercée par les familles Moubarak et Ben Ali-Trabelsi.
Tous ces pays connaissent par ailleurs des mutations sociales qui sont facteurs de contestation de l'autoritarisme. La disparition des rentes stratégiques avec la fin de la guerre froide (Égypte, Syrie, Liban et Jordanie}, les effets de la mondialisation sur des économies non préparées à la concurrence internationale, leur dépendance croissante à l'égard de la rente pétrolière indirecte (constituée par les transferts des émigrés dans le Golfe) provoquent une déstabilisation sociale et politique. Elle est accentuée par le fait que les États ne tiennent plus leurs promesses en termes d'intégration nationale, de promotion sociale d'une jeunesse éduquée en quête d'une élévation de leur niveau de vie. Cependant, la contestation prend rapidement un tournant communautaire et/ou islamiste, car les acteurs d'un changement démocratique sont finalement peu nombreux face aux forces traditionnelles et aux mouvements religieux.
DES CONSÉQUENCES POLITIQUES FINALEMENT LIMITÉES
Les causes du Printemps arabe ne sont pas uniformes, les réponses n'ont pas été semblables et les conséquences politiques finalement limitées, à l'exception peut-être de la Tunisie. Il faudra du temps pour obtenir des résultats concrets. Nous ne sommes pas dans le même processus que celui qui a été enclenché par la chute du mur de Berlin, en 1989, et qui a vu les pays communistes d'Europe de l'Est se convertir en quelques années à la démocratie et au libéralisme économique.
En Égypte, l'ancien régime est revenu au pouvoir avec le coup d'État de l'été 2013. Son auteur, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi, est devenu président de la République avec 96,9% des voix en juin 2014. Ailleurs, la situation est loin d'être stabilisée. La guerre civile ensanglante la Syrie depuis mars 2011: en août 2014, l'Organisation des Nations unies (Onu) estimait le nombre de victimes à plus de 191000 personnes. La Libye, victoire emblématique de la coalition occidentale contre la dictature, est ingouvernable. Elle est en proie à de multiples conflits tribaux et ethniques accentués par la concurrence pour l'accaparement des ressources en hydrocarbures. Et comme si cela ne suffisait pas à faire exploser ce pays sans unité nationale, il est devenu un véritable sanctuaire pour les groupes djihadistes internationaux qui profitent de l'effondrement de l'État et des conflits internes pour s'imposer. Le Yémen s'achemine vers une partition fédérale qui ne satisfait personne, mais qui lui évite de suivre l'exemple de la Libye. Les chiites de Bahreïn vivent sous couvre-feu permanent et la contestation menace l'Arabie saoudite elle-même.
Pour le moment, elle y échappe en déversant des centaines de milliards de dollars afin de calmer la grogne sociale. Mais pour combien de temps ? L'avenir de cette gérontocratie incapable de réformes structurelles paraît bien sombre. Le mode de succession entre frères, inhérent à la tradition bédouine, est responsable du blocage des réformes. Les vieillards qui dirigent le pays (le roi Abdallah a 90 ans et son successeur, âgé de 76 ans, est déjà atteint de la maladie d'Alzheimer) prônent le conservatisme dans tous les domaines. En dépit de son apparente solidité, l'Arabie saoudite est donc un colosse aux pieds d'argile dont l'intégration dans la mondialisation se réduit à la fourniture d'hydrocarbures et à un vaste marché de consommation. Aujourd'hui, les forces réellement démocratiques et modernistes sont partout marginalisées au profit des islamistes ou des anciens dictateurs.
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