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Baudelaire et la peinture

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Marie-Hélène Giannoni

on 31 March 2013

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Transcript of Baudelaire et la peinture

Les phares, un poème qui évoque huit génies artistiques , huit "phares" . Eugène Delacroix, Dante et Virgile aux Enfers, 1822 Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1857 Delacroix, peintre romantique "Les Phares" évoquent un autre thème important : les correspondances entre les arts. Baudelaire et la peinture Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse,
Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse,
Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer;

Léonard de Vinci, miroir profond et sombre,
Où des anges charmants, avec un doux souris
Tout chargé de mystère, apparaissent à l'ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays;

Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,
Et d'un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s'exhale des ordures,
Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement;

Michel-Ange, lieu vague où l'on voit des Hercules
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts;

Colères de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,
Grand coeur gonflé d'orgueil, homme débile et jaune,
Puget, mélancolique empereur des forçats;

Watteau, ce carnaval où bien des coeurs illustres,
Comme des papillons, errent en flamboyant,
Décors frais et légers éclairés par des lustres
Qui versent la folie à ce bal tournoyant;

Goya, cauchemar plein de choses inconnues,
De foetus qu'on fait cuire au milieu des sabbats,
De vieilles au miroir et d'enfants toutes nues,
Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas;

Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours vert,
Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges
Passent, comme un soupir étouffé de Weber;

Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes;
C'est pour les coeurs mortels un divin opium!

C'est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix;
C'est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois!

Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité ! Pourquoi Delacroix?
Pourquoi les Enfers? Delacroix a une palette riche.
Baudelaire va emprunter à l'esthétique romantique des tableaux de Delacroix l'intensité des images et la violence des contrastes. Les corps ont des formes tourmentées, Baudelaire parle d'une "explosion de couleurs". Très jeune, Baudelaire s'intéresse à l'art, et plus particulièrement à la peinture, encouragé par son père lui-même artiste peintre amateur. Baudelaire visite les ateliers d'amis de son père, et très tôt il arpente les musées. Il sera l'ami de peintres qui feront plusieurs portraits de lui : Gustave Courbet, Henri Fantin-Latour, et surtout Edouard Manet qui sera célébré plus tard comme "l'inventeur du Moderne". Delacroix est présenté comme un peintre romantique à la lisière du fantastique. L'harmonie colorée de "Chasse aux lions" fit écrire à Baudelaire : "Jamais couleurs plus belles, plus intenses, ne pénétrèrent jusqu'à l'âme par le canal des yeux."Le poète pratique lui aussi le choc des couleurs : le "lac de sang" contraste avec un " bois de sapins toujours vert". Il joue avec les correspondnaces : la peinture de Delacroix lui fait penser à des "fanfares étranges" qui jouent du Weber.
Baudelaire est un héritier du Romantisme mais récuse le lyrisme trop sentimental. Charles Baudelaire par Nadar en 1854 Nadar photographie Baudelaire en dandy. Le poète affecte une pose naturelle, regarde fixement l'objectif, comme pour défier le spectateur. L'aspect flou du contour exprime la rêverie dans laquelle semble enfermé le poète... La photographie selon Baudelaire : "Un portrait exact mais ayant le flou d'un dessin" Delacroix, Autoportrait au gilet vert, 1837 La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
— Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens. Que dit Baudelaire dans "Les phares"? Baudelaire affirme l'autonomie des arts, et donc de la poésie, face à Dieu. Faire entrer la réalité, la maladie, la mort, la trivialité dans l'art.
Baudelaire est convaincu que l'homme est déchiré entre aspiration à l'idéal et appétit grossier, entre spleen et idéal. Le poète est un créateur, un "élu" qui souffre et qui éclaire les autres mortels sur leur condition. On retrouve les Enfers dans le poème "Au lecteur" C'est une plongée en enfer : le poète regarde en face ce qu'est l'homme et il ne trouve que "sottise", "erreur", "péché", "lésine". Ce n'est qu'une marionnette entre les mains du Diable. Le pire défaut est "l'Ennui" et Baudelaire finit par interpeller son "hypocrite lecteur", "son double, son frère". spleen : mot anglais qui signifie "rate", secrétant la bile noire, la "mélancolie". Et on les retrouvera dans Don Juan aux Enfers... La sottise, l'erreur, le péche, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent.
Aux objets répugnants nous trouvons des appas;
Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de démons,
Et quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,
N'ont pas encore brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C'est que notre âme, hélas! n'est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde!
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes, ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde.

C'est l'Ennui!- L'oeil chargé d'un pleur involontaire,
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère! Quand Don Juan descendit vers l'onde souterraine
Et lorsqu'il eut donné son obole à Charon,
Un sombre mendiant, l'oeil fier comme Antisthène,
D'un bras vengeur et fort saisit chaque aviron.

Montrant leurs seins pendants et leurs robes ouvertes,
Des femmes se tordaient sous le noir firmament,
Et, comme un grand troupeau de victimes offertes,
Derrière lui traînaient un long mugissement.

Sganarelle en riant lui réclamait ses gages,
Tandis que Don Luis avec un doigt tremblant
Montrait à tous les morts errant sur les rivages
Le fils audacieux qui railla son front blanc.

Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire,
Près de l'époux perfide et qui fut son amant,
Semblait lui réclamer un suprême sourire
Où brillât la douceur de son premier serment.

Tout droit dans son armure, un grand homme de pierre
Se tenait à la barre et coupait le flot noir,
Mais le calme héros, courbé sur sa rapière,
Regardait le sillage et ne daignait rien voir. Baudelaire est un grand critique d'art. Il va publier des comptes rendus de Salons (1846, 1859) et écrira "Le peintre de la vie moderne" (1863). Son goût pour la peinture construit une esthétique qui nourrit son oeuvre poétique. Il adore en Delacroix son imagination en quête d'idéal, la douleur perceptible dans ses tableaux et leur caractère dramatique. Gustave Courbet, L'Atelier du peintre (entre 1854 et 1855).
Allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique et morale
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